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Cet enseignement de Jean-Claude SCHWAB, déjà publié dans le magazine « Témoins » en 1990, nous parle du seul refuge dont nous disposons quand les tempêtes de la vie (les nôtres ou celles des autres)  viennent nous surprendre : ce lieu situé en nous-mêmes où nous pouvons, comme Jésus surpris par la tempête avec ses disciples, laisser Dieu venir installer sa paix profonde, dans ” l’œil de notre cyclone “, et faire rayonner ensuite cette paix autour de nous.

 

«Ce même jour, sur le soir, Jésus dit à ses disciples : “Passons sur l’autre rive”.
Après avoir renvoyé la foule, ils l’emmenèrent dans la barque
où il se trouvait ; il y avait aussi d’autres barques avec lui.
Il s’éleva un grand tourbillon et les flots se jetaient dans la barque au point qu’elle se remplissait déjà..
Et lui, Il dormait à la poupe sur le coussin.
Ils le réveillèrent et lui dirent “Maître, ne t’inquiètes-tu pas de ce que nous périssons
S’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer :
“Silence, tais-toi Et le vent cessa et il y eut un grand calme.
Puis il leur dit : “Pourquoi avez-vous ainsi peur ?
Comment n’avez-vous point de foi ?”»
(Evangile selon Marc chap. 4, 35).

 

Dans ce récit, je suis frappé par le contraste entre la panique et l’agitation des disciples d’un côté et de l’autre côté le calme et l’autorité du Christ.
Les disciples sont envahis par la tempête de l’extérieur à l’intérieur tandis que le calme du Christ s’impose de l’intérieur à l’extérieur. Ce qui est en Lui s’étend à la Création qui les entoure.
Ces deux attitudes se confrontent au travers des deux questions de ce passage. Celle des disciples à Jésus : “Mais ne t’inquiètes-tu pas ?” et celle de Jésus : “N’avez-vous toujours pas de confiance ?”.
Jésus revendique pour les siens l’attitude qu’Il a et ce qui l’anime. Il est venu pour que ses disciples soient animés du même Esprit, de la même attitude.
Ce récit semble faire écho à ce passage du prophète Esaïe (chap. 30, 1,5). “C’est dans la tranquillité et le repos que sera votre salut, c’est dans le calme et la confiance que sera votre force”.

LE REPOS

Le repos où Jésus dort au cœur de la tempête, au cœur de la panique est une forme de confiance. Le repos n’est pas une concession faite un jour par semaine par un chef d’entreprise pour qu’ensuite on produise mieux. Le repos est l’espace créé par Dieu au cœur de la Création : l’esprit de Sabbat pour jouir de la création et du Créateur. Au début des Ecritures, Dieu lui-même se repose le septième jour pour jouir et se. réjouir de son oeuvre. Le repos est inscrit au cœur de son oeuvre. C’est ainsi que je vois la journée de Jésus.
Jésus a passé la journée à travailler, à témoigner, à enseigner la foule. Il entre dans la barque après avoir accompli l’œuvre de Dieu dans un esprit de repos spirituel et psychique. Et maintenant il jouit de son oeuvre et il rentre dans un repos physique, il s’endort.

Je comprends ce repos physique de Jésus comme un repos nécessaire vu sa fatigue mais aussi comme l’expression d’une unité intérieure : l’accomplissement d’un appel intérieur (“ma nourriture c’est d’accomplir la volonté de mon Père qui m’a envoyé” a dit Jésus par ailleurs). Il n’y a pas de fausse culpabilité : “est-ce que je ne devrais pas en faire un peu  plus ? Est-ce que je n’aurais pas dû faire ceci ou cela ? ” Ce repos provient de l’unité en lui même et avec son père, qui procure une satisfaction juste. Il est donc permis d’être “satisfait” de son oeuvre. Il est possible de jouir de la vie, de sa vie et de ses oeuvres, sans que se soit une autosatisfaction égoïste.

C’est pourquoi, au moment où Jésus est tiré brusquement de son sommeil, il ne sort pas pour autant du repos et il reste ouvert aux autres; mais il refuse d’entrer dans l’inquiétude : sa vie est centrée dans le Père. Ainsi c’est dans le repos que sera ton salut : ce repos est de l’ordre du salut ; nous avons besoin d’être sauvés de notre inquiétude comme les disciples. Celui qui expérimente le repos authentique, expérimente le salut. C’est l’attitude de repos, la confiance de Jésus qui sauve les disciples. C’est aussi sa propre confiance qui nous sauve dans un premier temps pour qu’ensuite cela devienne notre propre attitude : sa confiance qui nous sauve étant intégrée dans notre propre vie.

LE CALME

Le calme semble être un autre aspect de la confiance. “C’est dans le calme et la tranquillité que sera ta force”. Celui qui expérimente le calme dans le tourbillon, expérimente la force.

Le calme dans la tempête évoque en moi deux images : le cyclone et le carrousel.
Dans les grands cyclones, vents dévastateurs qui tournent en rond, il y a un «oeil». L’œil est, au centre, un lieu calme autour duquel tous les éléments se déchaînent. Et le carrousel est ce manège des fêtes foraines de notre enfance qui tourne autour du centre où se tient le forain avec l’orgue de barbarie. Jésus est en ce lieu, il est ce lieu au cœur de nos tempêtes.

Je m’imagine sur un manège qui se met à tourner trop vite, à s’emballer. Que vais-je faire ? Si je ne suis pas très attentif, si je me laisse paniquer, je risque d’être éjecté en dehors avec grand dommage. Si je fais attention, je dois consacrer beaucoup d’efforts pour garder l’équilibre, pour maîtriser mon existence ; et malgré toute mon énergie je risque d’avoir le tournis. Mais, en fait, il y a, au centre, une placé qui est stable, le cœur  du carrousel où se trouve le forain avec son orgue. Si je peux atteindre ce centre je retrouve mes sens, l’autorité sur mon équilibre personnel et même l’autorité sur tout le manège parce que c’est là qu’est la source du mouvement, le moteur qui peut être déclenché ou ralenti.
Ainsi dans le récit de l’évangile, je vois les disciples paniquant sur le carrousel car ils risquent d’être éjec-tés dans ce tourbillon. L’agitation qui les entoure les pénètre et ils réveillent le Christ pour qu’Il entre avec eux dans cette panique. “Ne t’inquiètes-tu pas ?” c’est-à-dire : “Tu pourrais bien t’inquiéter, entrer avec nous dans l’inquiétude”.
Quand Jésus se réveille, il est au cœur de la tempête; au cœur du cyclone au milieu du carrousel. C’est là qu’il se tient. Comme le repos l’a accompagné toute la, journée, il reste toujours dans le calme. Le calme est en Lui et II ne se laisse pas entraîner dans l’agitation.

En fait, l’agitation et la tempête n’ont aucun effet sur Jésus. Il est avec ses disciples dans la tempête mais autre-ment fondé qu’eux : “N’avez-vous pas de confiance ?” Son calme intérieur va avoir autorité sur l’agitation extérieure. “C’est dans le calme que sera ta force” Et quelle force !  Un calme qui est imposé à toute la création !

L’INQUlÉTUDE SOURCE D’ACTlVlSME

Nous pouvons nous identifier aux disciples dans nos tempêtes intérieures, nos paniques devant un événement extérieur.
J’ai l’impression que les disciples cherchent à se sortir de leur difficulté en transmettant leur panique. Ils cherchent à se calmer, se justifier en faisant entrer les autres dans la même attitude, inquiétude communicative. Je pense que si Jésus y était. Entré, ils auraient tous coulé. Aujourd’hui nous pouvons discerner comment nos inquiétudes peuvent motiver nos actions, nous faire entrer dans l’activisme et entraîner d’autres avec nous. Si, par exemple, nous trouvons les chrétiens trop tièdes à annoncer l’évangile, nous pouvons avoir tendance à les culpabiliser pour les faire réagir en leur communi-quant notre inquiétude. Ce n’est pas ainsi que se fait le travail de Dieu et il est bon de discerner nos motivations pour casser ce processus de pa-nique.

DIRE L’INQUIÉTUDE … VERS LA CONFIANCE

Par ailleurs, je ne crois pas que Jésus accuse ses disciples de leur inquiétude. II ne s’agit pas non plus de nous accuser de nos inquiétudes. II s’agit encore moins de camoufler nos angoisses, de rechercher le calme olympien ou stoïque qui impres-sionne tout le monde.

Ne pas exprimer nos sentiments construit une façade de calme qui laisse le champ à une gangrène iintérieure. Il est permis et bon de s’ex-primer. Jésus a laissé la place à cette expression. Je ne crois pas qu’il ait reproché aux disciples d’exprimer leur inquiétude ; au contraire, cela a permis la solution.

Mais Jésus les a invités à pratiquer la confiance. Il leur donne le secret d’une attitude nouvelle. “C’est dans la confiance que vous trouverez votre salut”. Il est bon d’exprimer au Christ ce qui nous habite. C’est Lui qui peut en faire quelque chose, qui peut nous en sauver.

Jésus est dans la barque. Il est au cœur du manège et on peut entrer dans ce cœur où Il se trouve. Il est aussi ce cœur, ce lieu central en nous : ce lieu calme qui a autorité où règne la confiance et la tranquillité.

Le Seigneur qui nous habite vient mettre l’œil du cyclone en nous. Nous sommes habités par un lieu calme : lorsque nous sommes centrés en Lui, nous laissons son calme se transmettre de l’intérieur jusqu’à nous, et puis de nous jusqu’à l’extérieur.

 Jean Claude SCHWAB
(Enseignement donné au stage sur «la Confiance» en Avril 1990).
Reprise d’un article publié en 1990 dans le N° 94/95 de la revue Témoins, aujourd’hui disparue, et remplacée par le présent site Intenet.
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