Sélectionner une page

Antoine NouisL’auteur a consacré deux heures par jour pendant dix ans à préparer ce qui est devenu un Nouveau Testament pour tous en deux volumes de sept cent pages.
« Rendez-vous dans vingt ans pour le commentaire de l’Ancien Testament », plaisantait son éditeur protestant, Christian Bonnet, le soir de sa présentation. Puisqu’au commencement, chaque matin, A. Nouis a médité le Nouveau Testament, consulté des commentaires de tous types d’horizons académiques, imaginé et noté des formules que l’on retrouve maintenant dans ce livre étonnant. Couverture rigide, toile rouge et gravure « or » dans un petit coffret : les éditeurs ont bien fait les choses. Les amateurs apprécieront. La librairie La Procure en a déjà fait son « coup de cœur ». Le projet éditorial interconfessionnel a permis un prix plus accessible. Les deux volumes contiennent le texte intégral du NT, des remarques et des commentaires en brefs et en détails, inspirés des meilleurs spécialistes. Le P. Gérard Billon, Pt de l’Alliance biblique, enseignant à l’Institut catholique de Paris, co-éditeur, a aussi le coup de cœur. La Nouvelle Bible Segond est utilisée, son érudition aussi ! L’éloquence est souriante, l’éclectisme œcuménique, les commentaires sont percutants : Antoine Nouis fait feu de tout bois.

Besoin d’un cadeau de Noël ?

Les trois Mages qui se sont penchées sur le berceau de ce bébé sont ceux de la culture rabbinique, patristique et universitaire. L’expertise académique, l’exigence journalistique et spirituelle, le talent de l’exégèse, de la pastorale et de la spiritualité du NT, chacun s’en fait une idée à sa mesure. Mais une chose est sûre, c’est l’art de la conversation de ce commentaire qui entrouvre la porte de l’éternité au quotidien. Le terreau juif – des lettres de Paul et des évangiles -, pour cela, ne manquent ni d’ouvertures, ni d’humour, ni de piquant. Le fond et le ton, le défi de la communication, le sens et l’actualité de chaque verset sont éclairés. Les commentaires numérotés sont fait pour la lecture publique ou intime.

Les modes de lecture sont donc l’exégèse, la prédication et la méditation (érudite, narrative et existentielle). “La distinction n’est pas tranchée, l’ouvrage circule entre ces trois tonalités”. Mais l’on reconnaît la signature de l’auteur à la fraîcheur de ses leçons dignes de La Fontaine. Les anecdotes des Pères du désert et des rabbins sont généreuses, pour aiguiser la curiosité, se cultiver, forger la spiritualité et l’esprit critique du lecteur. « Le chameau se contente de peu de nourriture qu’il ne cesse de ruminer. Le cheval, lui, a besoin de manger beaucoup, et il n’est jamais rassasié. » L’auteur à la passion vivante du dialogue. Cheval ou chameau, l’imaginaire de ce NT intégralement commenté est sacrément porteur d’espoir.

David Gonzalez

 

 Extrait du Commentaire (Vol. 1, p. 93) : « N’ayez pas peur! » (Mt 10, 30-31)

« Vous êtes un enfant de Dieu. Rester à jouer dans votre école maternelle n’offre aucun service au monde d’aujourd’hui. Il n’y a rien de saint ou d’illuminé à vous rétrécir et à vous cacher pour ne pas insécuriser votre entourage. Nous sommes nés pour manifester la gloire de Dieu qui est en haut. Ce n’est pas limité à certains, c’est à nous tous. Quand nous laissons briller notre lumière, les astres ressentent inconsciemment la liberté de faire de même. Quand nous nous libérons de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

(Nelson Mandela, Homme politique sud-africain).

 

4 Question à Antoine Nouis sur l’art de la méditation

. Deux millions de personnes sont inscrites à la méditation zen sur internet. Quels sont vos conseils pour méditer ? 

Prenez cette parabole : « Un homme va voir un rabbin et lui demande : qu’est-ce que je dois faire pour méditer la Torah ? » Cela vaut pour n’importe quelle méditation. Dans l’évangile on dirait : Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? « Le rabbin répond : Abraham a cultivé l’humilité et Dieu était avec lui. David aimait la prière et Dieu était avec lui. Salomon aimait l’étude et Dieu était avec lui. « Va au fond de toi-même, découvre ce que tu aimes – ce qui est à toi – et cultives-le ! » Des gens méditent par la prière, d’autres par la culture de l’humilité, d’autres par l’étude :  c’est à chacun de trouver sa propre voie, ce qui correspond le mieux à ce qu’il a de plus profond en lui.

. Et vous, comment méditez-vous ? 

Mon chemin, c’est celui de l’étude. Celui de la « rumination » ou « manducation » de la Parole, par laquelle j’essaie d’être éclairé. Dans mon commentaire du NT, j’ai essayé d’être intellectuellement et exégétiquement sérieux, j’ai étudié le grec et l’hébreu, les commentaires anciens et contemporains. Puis je me suis demandé : qu’est-ce qui a du sens pour moi aujourd’hui ? J’ai essayé de creuser, de cultiver, d’attendre, c’est-à-dire d’être à l’écoute de chaque parole et de son écho en moi, pour savoir ce qui pouvait « faire sens » pour moi dans cette Parole-là. C’est cela qui nourrit ma méditation et ma spiritualité. Je dirais même que c’est ce qui me convertit intérieurement. Ce temps passé à essayer de trouver ce qui peut faire sens pour moi aujourd’hui dans la parole de l’Évangile.

. Un philosophe a déclaré : « ce qu’il me reste de mon judaïsme, c’est l’étude ». Il évoque « sa spiritualité sans Dieu ». Il y-a-t-il bénéfice à méditer, selon vous, tout en étant athée ?

Oui, biensûr ! Le meilleur exemple qui me vient à l’esprit dans ce sens, c’est celui d’Erri de Luca [Cf. Noyeau d’olive, Gallimard, 2002]. C’est un auteur qui est totalement athée, mais qui a appris l’hébreu et qui est aussi un interprète de l’Évangile de Marc, incroyable ! Personnellement, je crois à l’attachement au Christ. Son message est ma clé, c’est-a-dire la grille d’interprétation qui permet d’accéder au divin. Mais j’ai aussi la liberté de trouver son Évangile, en dehors des canaux des quatre évangiles canoniques. Je trouve dans les lectures d’Abraham, de Rachi de Troyes (1040-1105), ou dans des paroles de mystiques musulmans, des intuitions qui sont christiques ! Elles m’aident et éclairent ma méditation de l’évangile.

.Dans un livre de Raphaël Picon (1968-2016), Le Christ à la croisée des religions, le Christ est  « l’un des moyens qui permet d’accéder à la vie spirituelle », qu’en pensez-vous ?

Mon approche, pour entrer dans la spiritualité et les Écritures, privilégie le « Sermon sur la montagne » (Matthieu, chapitres 5, 6 et 7). Nous avons chacun « un Evangile dans l’évangile ». Le mien passe par les Béatitudes et un Dieu qui a préféré mourrir pour ses ennemis plutôt que de les « massacrer »… Cette éthique non-violente, c’est celle de l’hymne de l’Épître aux Philippiens (chapitre 2). Ce que Jésus a trouvé dans la lecture et la méditation du prophète Esaïe et des Psaumes, pour contester les catégories religieuses de son époque et vivre sa Passion, sont particulièrement fécondes dans cette perspective. Leurs résonances sont d’une actualité à découvrir ou à redécouvrir.

Propos recueillis par DG

Le Nouveau Testament, Commentaire intégral verset par verset, Antoine Nouis, Olivetan-Salvator, 2018, volume 1, « Les quatre évangiles », volume 2 « Actes, Épîtres, Apocalypse », 1626 p., 69€.

Share This
ANCIEN SITE