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Itinéraire de Philippa Soundy et témoignage sur son implication dans l’église émergente en Grande-Bretagne. Interview par Jean Hassenforder.

 

1)      Pippa, pouvez-vous raconter brièvement votre parcours et comment celui-ci a abouti à votre ordination comme pasteure-prêtre dans l’Église anglicane ?

Enfant, on m’a emmenée à l’église réformée unie et j’adorais les histoires sur Jésus que j’y ai apprises, mais j’ai arrêté à l’adolescence parce que j’ai commencé à penser que c’était juste des histoires qu’on ne pouvait croire. L’église était aussi terriblement formelle et je ne pensais pas que Dieu puisse être ainsi, s’il existait. 

 

Plus tard, à l’université d’Oxford, j’ai entendu Billy Graham dire : « je ne vous demande pas d’accepter l’Église, mais la personne de Jésus Christ et j’ai décidé de faire confiance à cette personne dans ma vie. Depuis ce temps là, pour moi, l’Église est la communauté de tous ceux qui font confiance à Jésus dans leur vie. Les structures et les dénominations ne veulent rien dire : ce qui compte c’est notre fraternité et le désir de partager la vie du Christ avec d’autres. Après l’Université, un ami m’a invitée à notre église baptiste locale et j’en ai fait partie pendant plus de vingt ans. Mon mari et moi avons déménagé dans un village où je me suis engagée dans la communauté locale et cela m’a gênée de me déplacer régulièrement pour participer à ma paroisse de ville, aussi nous avons changé pour une église plus proche et il se trouve qu’elle était anglicane. Je m’y sentais en famille et elle était favorable au ministère des femmes aussi j’ai commencé à y prêcher. Mon appel à l’ordination est venu du sentiment d’être attirée au centre de l’Église du Christ et du désir d’être légitimée pour pouvoir davantage aider les autres.  

 

2) Quelles sont vos fonctions aujourd’hui et dans quel sens sont-elles en train d’évoluer ?

J’ai passé trois ans comme vicaire en formation dans une église paroissiale, accomplissant le travail habituel des ministres et je suis devenu membre de la Church Mission Society qui cherche à aider l’Église à répondre au défi missionnaire que nous rencontrons aujourd’hui en Grande Bretagne et en Europe comme dans d’autres partie du monde. Ce qui m’intéresse le plus c’est d’aider les chrétiens à prier et agir ensemble pour le bien de leur communauté locale. En ces temps de rigueur économique, les autorités civiles britanniques s’ouvrent à un partenariat avec l’Église et les chrétiens doivent se préparer à ces nouvelles possibilités. Il me semble que nous devons nous aider mutuellement à davantage tourner notre attention vers le monde qui nous entoure, à nous joindre à ce que Dieu réalise par son Esprit.

 

3) Vous participez actuellement au développement d’un projet d’espace communautaire inspiré par une démarche chrétienne. Quelles sont les caractéristiques de ce projet ? 

 

 On n’aurait jamais pu penser ce projet possible ! C’est la réponse, par un groupe de chrétiens locaux, à une occasion qui s’est présentée en raison de la fermeture d’une paroisse en centre ville. L’idée était de convertir le bâtiment en lieu communautaire, en lieu d’accueil, où les chrétiens pourraient rencontrer des gens qui n’auraient jamais franchi les portes d’une église. Le projet comprend un café et un lieu pour des événements artistiques, des bureaux pour les associations d’entraide et de solidarité et un espace spirituel neutre et calme pour la prière et la réflexion. L’isolement est un énorme problème dans notre société et on a grand besoin de « tiers-espaces » − des lieux en dehors de la maison et du travail où les gens puissent se rencontrer de manière informelle et nouer des liens. En tant que groupe, nous voulons apprendre à offrir l’hospitalité du Christ, où chacun puisse se sentir accepté et aimé.

  

4) Comment ce projet se situe-t-il dans le courant de l’Église émergente en Grande-Bretagne?

 Je pense que ce que j’ai décrit est le courant principal de l’Église émergente en Grande Bretagne et des mouvements similaires ont lieu dans d’autres villes : ce que nous voyons ce sont des chrétiens ordinaires répondant à un appel à la mission dans leur propre communauté et se rassemblant avec d’autres qui partagent leur vision. Dans le passé, nous avons eu des réseaux de prière locaux, mais ceux qui émergent sont davantage centrés sur un service actif dans divers domaines : soit dans les institutions locales telles que les écoles ou les clubs sportifs, soit pour rencontrer les gens dans des tiers-espaces comme des cafés ou des pubs. Nous remarquons un changement d’attitude dans notre société qui, bien qu’encore fortement laïque, devient plus ouverte aux chrétiens confessants et davantage prête à s’engager avec nous. Les réseaux souhaitent en général travailler en partenariat avec les Églises traditionnelles et restent en lien avec elles. Leurs membres participent encore aux offices du dimanche. Ils sont interconfessionels, animés par des laïcs et communiquent principalement par facebook et email. Je connais des personnes qui font partie de deux ou plus de ces réseaux locaux chrétiens tout en restant membres de l’Église traditionnelle ! Comme je l’ai déjà dit, c’est un défi pour les pasteurs que de savoir comment soutenir ces nouveaux groupes. Ils se sentent parfois menacés en voyant quelle énergie les gens mettent dans des activités qui ne sont pas organisées ou contrôlées par l’Église. Ils peuvent rejoindre les mouvements, mais ils y ont un rôle différent car ils n’en seront pas les leaders.

  

5) Ce projet se développe dans un esprit interconfessionnel. Selon quelle inspiration et dans quel contexte ?

 Les chrétiens engagés dans ce projet sont venus de différentes églises, à la suite d’une rencontre publique tenue dans la ville pour tester le niveau d’intérêt. Certains se connaissaient auparavant, mais la plupart non. Tous sont activement engagés dans les églises locales : il y en a 40 dans la ville) et tous on soif de trouver le moyen d’entrer en contact avec les personnes en dehors de l’Église. La devise du projet est « pour les autres ». Les responsables d’églises locales se rencontrent dans une fraternité interconfessionnelle et ont encouragé un certain nombre de projets missionnaires dans la ville, y compris un service de conseil sur l’endettement et un centre pour SDF. Cela pose de bonnes fondations pour un travail œcuménique dans l’avenir et nous espérons un bon partenariat entre ces responsables et le nouveau groupe.

 

6) Vous percevez les aspirations auxquelles répond une démarche chrétienne interconfessionnelle. Comment vous représentez-vous cette démarche ? En quoi cette démarche vous paraît-elle répondre à l’évolution actuelle des mentalités ? Dans quelle mesure cette démarche est-elle présente en Grande-Bretagne ? 

 

 En Grande Bretagne, il existe un certain nombre d’initiatives nationales qui aident les chrétiens de différentes confessions à servir les communautés de façon particulière – par exemple les « pasteurs de rue » qui essaient d’aider les gens qui sont dans la rue tard dans la nuit, au sortir des night-clubs, etc. Il existe aussi des services de conseil sur l’endettement, des banques alimentaires et des abris pour les SDF tenus par des groupes chrétiens interconfessionnels. Mais nous dépensons encore beaucoup d’énergie dans nos offices dominicaux séparés et les personnes que nous rencontrons dans la rue n’y viendront pas. Je pense que nous devons être plus créatifs sur la façon dont nous comprenons le fait de suivre Jésus et nous devons nous rendre compte combien c’est difficile pour les ministres de nos Églises s’ils sont payés par elles pour que les choses demeurent en l’état.

   

7) La dimension interconfessionnelle est une des caractéristiques majeures de la démarche de Témoins en France. Dans son groupe de recherche, en analysant la mutation culturelle en cours dans le monde d’aujourd’hui, Témoins s’interroge sur la pertinence des pratiques d’Église et, en regard, étudie les innovations.  Comment peut-on imaginer une collaboration internationale sur ce registre ?

 J’aimerais qu’il existe un site internet pour les personnes engagées dans des projets interconfessionnels de différents pays, particulièrement quand l’objectif est d’être en lien avec les membres de la communauté locale (ceux qui sont en dehors de l’église). Dans quelle mesure les locaux d’église sont-ils utilisés dans ce but ? Quels partenariats sont établis avec les groupes de la communauté locale. Comment les ministres d’Église forment-ils leurs membres à ce partenariat ? Il se peut que le tableau soit très encourageant si nous examinons ce qui se passe en fait. J’aimerais aussi organiser des rencontres entre groupes interconfessionnels en France et en Grande Bretagne. Nous apprendrions beaucoup des contextes respectifs et pourrions avoir des idées qui nous aideraient les uns les autres et repérer différentes opportunités. Il y a vraiment besoin d’encourager ceux qui veulent le changement : l’encouragement est une grande force.

 Interview de Philippa Soundy par Jean Hassenforder.
 Traduction par Edith Bernard.

Philippa Soundy est intervenue à la journée sur l’Eglise émergente organisée par Témoins à Paris le 11 novembre 2011. ** Voir sur ce site **

 

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