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Je vais vous témoigner de la façon dont Dieu aide à la décision, et comment, comme dit Saint Augustin, Dieu donne ce qu’il ordonne.

J’ai donné l’autorisation à Dieu de prendre en main ma vie en mars 96. Lors d’une réunion d’évangélisation, en présence d’un couple qui nous proposait de prier pour nous, j’ai fait cette demande : « Jésus, je veux bien croire que tu existes, … je mets ma vie au pied de ta croix, fais en quelque chose de bien, amen ».
Aujourd’hui, je sais que Dieu donne ce qu’il ordonne.

D’abord, comment Dieu m’ordonne quelque chose ? Je sens en moi un désir qui monte, qui devient une conviction cohérente. C’est ainsi que Dieu m’a ordonné il y a deux ans, après un long travail intérieur, de monter un réseau pour apporter un secours spirituel aux victimes de catastrophes naturelles en France.

C’était un ordre bien incongru pour quelqu’un de très engagé dans sa vie professionnelle, et ce de tout temps : quand j’ai reçu cette conviction, je dirigeais un service de 350 personnes dans une grande entreprise.

Mais Dieu donne ce qu’il ordonne. Il a commencé par disposer les circonstances pour me permettre de me dégager de cette vie. L’entreprise se restructurait, et j’ai été chargée de couper mon service en deux, et donc de supprimer mon poste. C’est l’événement déclencheur. On allait me proposer, une fois ma réforme terminée, un autre poste de management. Mais, étant mère de trois enfants, j’avais aussi la possibilité de partir à la retraite, dès lors que j’avais plus de 15 ans d’ancienneté. Et c’est la conviction que j’ai reçue : c’était un vrai choix, une décision que je n’aurais jamais imaginé prendre quelques mois auparavant.

Je m’entendais fort bien avec ma directrice d’unité, elle a compris ma démarche, et ma demande n’a déclenché aucune pression de sa part.

Dieu ne s’est pas arrêté là dans son aide. Et il a permis ensuite que je vive une épreuve difficile, mais combien salutaire.

Ma chère directrice a été mutée et remplacée par un directeur avec lequel je me suis sentie instantanément mal : nous ne partagions pas le mêmes valeurs, pas du tout. Deux mois ½ avant mon départ effectif, la veille des vacances de Noël, alors que je venais de tenir la dernière réunion d’information et de concertation syndicale pour la réforme du service, il me convoque dans son bureau et me dit : « Je ne peux plus travailler avec toi, tu me calomnies…etc Demain tu n’es plus là. La direction régionale est prévenue, elle t’accueillera et te donnera une mission jusqu’à ton départ ». Après 25 ans de bons et loyaux services, ça fait tout drôle : j’ai d’abord cru que je ne pourrai pas me lever de ma chaise. Mais une partie en moi savait qu’au-delà des apparences, du choc, Dieu était « aux manettes » et qu’Il avait de bonnes raisons de laisser faire cette horreur. Je suis revenue au bureau le lendemain en catimini pour prendre mes affaires et passer des consignes à mon adjointe, je n’ai dit au revoir à personne, et je me suis retrouvée dans un bureau vide à l’autre bout de Paris, sans rien avoir à faire ou presque.

Grâce à cette épreuve, j’ai fait en deux mois, mon deuil de l’entreprise, de ma suractivité, de mon statut de chef : cela m’aurait pris naturellement bien plus longtemps. J’ai travaillé au fond mes motivations pour la suite, j’ai commencé mon programme de lecture de la Bible en un an. J’ai compris après coup que Dieu en permettant cela avait mis mon cœur au large ; comme dit le psalmiste dans le psaume 119 v32 : « je cours sur la voie de tes commandements, car tu as mis mon cœur au large ». Que seraient devenues mes motivations si j’avais eu à supporter ce directeur deux mois de plus ? Lorsque j’ai quitté l’entreprise, mon deuil était fait, et je n’avais plus d’amertume : un vrai miracle de Dieu, en deux mois !

Dieu donne ce qu’il ordonne.

Deux jours après la fin de ma vie professionnelle, j’ai rencontré, sans l’avoir cherché, une personne qui m’a parlé des inondations, et m’a ouvert plusieurs portes très utiles pour comprendre ce qui se passe lors d’une telle catastrophe naturelle. J’ai compris aussi par cette rencontre que Dieu confirmait une fois de plus son appel, et m’encourageait.

En approfondissant le projet, j’ai vite réalisé que je n’avais aucune expérience de la mort, ni de l’accompagnement et de l’écoute. Là encore, Dieu était au rendez-vous, et il a mis sur mon chemin une personne qui m’a conseillé de poser ma candidature comme bénévole dans un centre de soins palliatifs. En rentrant chez moi, j’ai consulté internet, … je ne savais pas vraiment ce qu’étaient les soins palliatifs. Je me revois devant mon ordinateur dire à Dieu : « non mais ! tu ne me vois quand même pas là dedans ! J’en suis complètement incapable… Bon si c’est toi qui le demandes, comme d’habitude, je compte sur toi, et c’est toi qui fais. »

Et comme Dieu donne ce qu’il ordonne, c’est ce qui s’est passé. Le premier jour de stage, (on commence par accompagner un bénévole en titre pendant quatre jours, juste pour voir…), je suis arrivée dans le centre avec la peur au ventre, et les jambes qui tremblaient, en me demandant si j’allais tourner de l’œil, pleurer, ou je ne sais quoi encore. J’ai crié à Dieu, et 1/4h après être entrée dans les locaux, ma peur s’était complètement envolée, comme si elle était « hors sujet ».

Cela fait un an maintenant que Dieu me forme, et je me rends compte du chemin parcouru.

J’apprends à ne pas avoir de projet pour l’autre, moi qui ai eu pendant 25 ans de vie professionnelle des projets pour les autres.
J’apprends à être ICI et MAINTENANT ,
J’apprends l’écoute, le silence, l’accompagnement sur le chemin de l’autre et non pas sur le chemin que je crois bon pour l’autre,
Je vis des deuils à répétition, et j’apprends à m’engager pleinement dans la relation tout en me protégeant, en évitant de mélanger ma vie à celle du malade ou de sa famille,
J’apprends l’impuissance, j’apprends à voir où est Dieu dans tout ça, ma foi est mise à l’épreuve tous les mardi, et elle s’enracine. Quel privilège de porter l’espérance de la vie éternelle.

En conclusion, je ne regrette pas la demande que j’ai faite en mars 1996 : Jésus je pose ma vie auprès de ta croix fais en quelque chose de bien. C’est même l’acte le plus important que j’ai posé dans ma vie, et je vous souhaite d’en faire autant.

MT Plaine
Septembre 2005

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