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Dieu Notre Père, tel est le titred’un dossier de Tychique, qui se veut « revue de formation œcuménique au service des groupes de prière et des communautés nouvelles » et qui publie ainsi un numéro thématique tous les deux mois. A travers ce dossier, nous entrons, par des voies multiples, dans la découverte de notre Père Céleste.
Nous essaierons d’exprimer les bienfaits de ce parcours à travers des notations empruntées à quelques auteurs, des lumières qui n’épuisent pas bien sûr le riche apport de ce numéro.

La Première Alliance

Comment la figure du Père émerge- t-elle dans l’Ancien Testament ? Le premier article, sous la plume de Philippe Mercier, traite du dévoilement de Dieu Père dans la Première Alliance . Cette approche nous a paru particulièrement suggestive. En effet, l’auteur montre d’abord que le terme de Père apparaît peu à peu dans l’Ancien Testament et par ailleurs progressivement. Le registre est plus celui de la discrétion que de l’attestation. Mais au fil des textes, une autre approche se dessine. « Le Dieu créateur se dévoile dans une relation et comme un être de relation .»Et il crée l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance. Dans la suite du récit biblique, cette réalité s’éclaire. Le Seigneur, qui libère l’Egypte, dit : « J’ai un fils » ; la tradition prophétique ne l’oublie pas « Quand Israël était jeune, je l’ai aimé et , de l’Egypte, je l’ai appelé mon fils »(Osée 11,1) Osée poursuit : « Avec des attaches humaines, je les tirais, avec des liens d’amour, j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue, je me penchais vers lui, je le faisais manger »(Osée 11,3-4) Quelle image de tendresse aux connotations à la fois paternelles et maternelles. Dieu révèle progressivement son visage à notre humanité. L’expression de premier-né attribuée à Israël laisse bien entendre qu’il y a d’autres fils.

Au long de ces récits, Philippe Mercier montre une progression. Dieu se révèle comme Père « d’une manière unique, respectueuse et amoureuse ». « Le Père peut imposer son nom par ultimatum. La nomination sera vide et inopérante pour structurer le fils, la fille. En revanche, si par sa manière d’être, le père suscite chez le fils ou la fille la parole qui profère ce nom unique, il contribuera grandement à l’épanouir. N’en est-il pas ainsi pour le Dieu de l’Alliance ? »

Jésus nous fait connaître le Père

Mais voici la Nouvelle Alliance manifestée en Jésus. C’est Lui qui nous fait connaître Dieu comme notre Père. « En prononçant ce mot de Père, Jésus nous introduit dans son propre mystère, celui de sa filiation divine dans l’Esprit. C’est seulement dans l’Esprit que les disciples ont pu reconnaître en Lui, le Fils du Dieu vivant. C’est donc en Jésus, dans sa parole, ses attitudes, que nous allons pouvoir découvrir le vrai visage du Père » Michel Rondet nous introduit ainsi dans le visage trinitaire de la vie divine « Pour J ésus, le Père c’est d’abord l’amour éternel dans lequel il vit. Tout en Lui est action de grâce pour le Père qui est son origine et sa vie. »Quand Jean écrit « Dieu est amour(I Jean 4-8» , ce n’est pas une définition de Dieu qu’Il nous donne mais ce que Jésus a révélé du Père à ses disciples. Il est l’amour dans sa gratuité même. La théologie chrétienne ne fera que relire ce que Jésus dit du Père quand elle verra dans le Père, l’amour originel dont tout est né. Le Fils et l’Esprit et, à travers eux, le monde et l’histoire. »

Michel Rondet nous montre la fécondité de cet amour, un amour qui s’oublie pour donner, pour tout donner. « Le Père ne garde rien de ce qui est pour Lui.Il est totalement dans le Fils qui est sa parole, sa sagesse, son image véritable. »
C’est l ‘amour qui fonde l’unité entre les trois personnes divines. « Cette unité est celle d’une communion que rien ne peut briser, chaque personne n’existant que dans et par son lien avec les deux autres.»

Une espérance et une vision

En portant sur le Notre Père, la prédication d’Olivier Clément dessine le visage de celui-ci. « Le Père transcende la dualité sexuelle. Saint Jean nous parle du « sein du Père ». Toute la Bible évoque ses « entrailles de miséricorde, rahanim, au sens utérin. Le Père est couvert de matrices, matriciel ; il sent ses enfants comme une mère « sent » les siens, de tout son être, de toute sa chair, avec ses entrailles. Cependant : Père. L’aboutissement, tel que le suggère cette symbolique n’est pas de résorption, mais une communion libératrice, qui nous rend capable d’aller vers l’autre.»
Olivier Clément évoque ainsi avec bonheur le problème du genre(masculin,féminin) si présent dans la théologie américaine et, par contraste, quasiment absent dans ce numéro .»
Mais l’article d’Olivier Clément se poursuit dans un souci d’actualisation et de pertinence par rapport à la culture actuelle. « L’homme d’aujourd’hui est orphelin. L’inceste et l’homosexualité, ces deux signes de l’absence du père, hantent notre société. La mort du père s’inscrit dans la peur de l’autre. C’est pourquoi aussi grandit étrangement la nostalgie du père.» Il y a une réponse. Il y a un salut. « Jamais, jamais, nous ne sommes orphelins, perdus, livrés aux forces et aux conditionnements de ce monde. Nous avons un recours. Nous avons une origine….. Nous les hommes, nous pouvons aimer personnellement le Père, lui répondre consciemment, exprimer sa parole cosmique. Les moments apparemment éphémères de notre vie s’inscrivent à jamais dans la mémoire aimante du Père. Il est bon de vivre. Vivre est grâce. Vivre est gloire. Toute existence est bénédiction… »
Olivier Clément nous appelle à une immense espérance : « Souvent nous sommes comme l’enfant prodigue…Mais nous savons que le Père non seulement nous attend, mais vient à notre rencontre. Le monde n’est pas une prison mais un passage obscur, passage à déchiffer dans un esprit plus ample et dans cet écrit, tout a un sens, chacun est important, chacun est nécessaire . Un écrit que nous rédigeons avec Dieu…Si tout est béni par le Père, il nous faut à notre tour, savoir le bénir en toutes choses… Le fait même qu’une chose existe, repose dans l’être, nous renvoie au Père Créateur du ciel et de la terre, de toutes choses visibles et invisibles… »
Apprenons à reconnaître les bienfaits de Dieu : « toh » qui veut dire bon et beau.

L’expérience trinitaire s’inscrit dans le deuxièmemot du Notre Père :Père de nous (hémon). Mettre ainsi en avant notre commune filiation, c’est affirmer que l’autre, tout autre est l’image de Dieu, l’enfant du Père…Apprenons à ne plus mépriser.
« Père de nous »ce nous est-il seulement l’Eglise où nous sommes tous « membres les uns des autres » ?. Olivier Clément ne le croit pas. « Le Verbe », dit le prologue de Jean, « est la vraie lumière qui, venant dans le monde, éclaire tout homme ». Il n’est pas un seul homme qui n’ait une relation mystérieuse avec Lui… L’Eglise, ce sont ceux, nombreux ou peu nombreux, qu’importe, qui découvrent tout cela, qui entrent lucidement dans cette lumière, et qui remercient. C’est le « sacerdoce royal », la « nation sainte » mise à part pour prier, témoigner, travailler pour le salut de tous les hommes.

Comme au Ciel ,ainsi sur la Terre

Emile Visseaux commente là aussi le Notre Père en es termes passionnés : « Cette prière au Père qui brûle dans mon cœur. « Jésus vrai Fils de Dieu va articuler sa prièrede fils et notre prière de créature en une seule et unique prière… Lui seul peut véritablement dire « Comme au Ciel, ainsi sur la Terre »… Cette expression est la traduction exacte du grec. C’est « le Ciel » qui sert de référence à ce qui doit advenir sur « la terre ».. Avec le « comme au ciel, nous avons là une démarche de louange, et avec le « sur la terre », une démarche d’intercession. Pour moi, c’est l’axe central du Notre Père autour duquel se répondent la louange au « Père des cieux »et les demandes de viatique (soutien) pour la route « sur la terre ».

La réflexion sur le Notre Père se poursuit dans trois articlesc ; « La forme… et le fond du Notre Père »(une étude exégétique), le « Notre Père et la dynamique du culte », « le Notre Père école de prière ».Le dernier article nous renvoie à la manière dont la paternité est vécue concrètement aujourd’hui. A travers une approche phénoménologique, Xavier Lacroix cherche à repérer ce qui est irréductible et a valeur d’universel dans la figure du père « Entre l’intime et la « vaste monde , le père offre un passage»

Voilà un dossier qui nous permet d’aller plus loin dans la compréhension d’une réalité centrale de notre foi. Nous avons égrainé quelques perspectives qui élargissent notre vision et suscitent notre louange, notre reconnaissance, notre prière. A travers ce numéro(1) une porte nous est ouverte.

Jean Hassenforder

(1) Tychique 10, Rue Henri IV 69287 Lyon Cedex 02 Tel : 04.78.37.45.99 Mail : ame@chemin-neuf.orgDieu Notre Père : Tychique, n0166, Novembre 20035.5€

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