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Naître de l’Esprit ? Une expérience exceptionnelle vécue par les apôtres lors de la fête de la Pentecôte, réservée maintenant aux “super-chrétiens”? Ou la base d’une véritable vie chrétienne, impliquant l’accueil de la présence de Dieu en nous, et donc un “lâcher- prise”, qui va à l’encontre de toutes nos habitudes, notamment celle de vouloir contrôler nous-mêmes notre vie ? Alors qu’humainement, on n’aime pas trop se “mouiller”, Dieu nous invite à ouvrir otre parapluie pour nous laisser tremper de son Esprit…

    « Jésus dit à Nicodème : Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ? Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est Esprit. Ne t’étonne pas que je t’aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. » Jean 3.3-8 

 Renaître… ou naître de nouveau. Un concept aussi inimaginable pour nous aujourd’hui qu’il devait l’être pour Nicodème. Pourtant, en venant voir Jésus cette nuit-là, Nicodème le pharisien n’est probablement pas venu pour discuter les opinions, mais bien plutôt exprimer son attente d’autre chose que de sa vie rythmée par les rites religieux qui n’étanchent pas sa soif spirituelle. Alors quand Jésus partage avec lui la possibilité d’une vie nouvelle, il n’aurait pas dû être surpris… Mais la radicalité de l’Evangile le surprend, comme elle peut nous surprendre encore aujourd’hui. Or comme Nicodème, combien d’entre nous n’ont-ils pas ce désir d’une vie transformée ? De la possibilité d’une page blanche, d’une renaissance…

 Nicodème est venu voir Jésus avec cette interrogation : Comment Jésus peut-il faire tous ces miracles et parler avec autant de persuasion si Dieu n’est avec lui ? Sans aucun doute, Jésus, comme le lecteur que nous sommes, peut lire entre les lignes que Nicodème offre là une confession : alors qu’il est chef religieux, il s’interroge sur l’influence de son propre  discours et de son exemple. En vient-il à se demander si Dieu est véritablement avec lui ou pas ? Le texte ne le dit pas, mais d’entrée, Jésus lui répond qu’un homme qui n’est pas né de nouveau ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Sans cette renaissance spirituelle, la vie religieuse n’est qu’une formelle addition de rites. Nicodème est dans les cordes. Une vie entière remise en question. Pire encore, une question qu’il ne comprend pas… Es-tu né de nouveau ? Mais comment cela est-il possible ?

 Après avoir piqué Nicodème au vif, Jésus va prendre le temps d’expliquer, d’accompagner Nicodème dans ce cheminement destiné à aboutir à une vie nouvelle. Chaque être humain, dit-il, est destiné à naître deux fois : d’eau, et d’esprit. Conformément à la mentalité hébraïque qu’est celle de Jésus, il va même le répéter deux fois avec des mots quelque peu différents. La naissance d’eau est une naissance de la chair, celle du début de notre vie terrestre, humaine, issue de l’eau maternelle protectrice. Mais ce qui est né de la chair est chair, et notre destinée ne peut prendre de la hauteur, celle de l’entrée dans le royaume de Dieu, si nous ne naissons pas aussi « d’en haut », c’est-à-dire de l’Esprit. Certes, on lit parfois cette parole de Jésus en considérant que l’eau et l’esprit sont deux aspects de la nouvelle naissance (baptême d’eau et baptême d’esprit), et même si ce n’est évidemment pas faux, une lecture attentive et respectueuse du texte semble devoir nous faire privilégier cette distinction entre naissance charnelle et naissance spirituelle. La première, la naissance charnelle, par laquelle nous sommes tous passés ne suffit pas. D’où la nécessité de naitre « de nouveau », d’en haut. Cette naissance spirituelle, ou cette renaissance, est indispensable pour faire de nous des êtres véritablement connectés à Dieu.

 A la création, la Bible nous dit que Dieu a insufflé un souffle de vie en l’être humain. Dans les langues bibliques, le souffle et l’esprit ne sont qu’un seul et même mot. Nous étions alors des êtres spirituels par essence. Mais l’homme a utilisé la liberté donnée par Dieu pour devenir un être autonome. Il a choisi de manger le fruit défendu, marquant ainsi cette autonomie. L’homme avait péché, et le péché est une forme de coupure de la relation avec Dieu. Et c’est pour cela qu’une renaissance est nécessaire. Une naissance de l’Esprit. Mais Dieu, lui, n’a pas cessé d’être le créateur et son action créatrice continue. Il souhaite faire de nous des êtres nouveaux.

 Naître de l’Esprit c’est faire l’expérience de la confiance en Dieu. Accepter de ne pas forcément tout comprendre d’où l’on vient, mais comprendre que nous avons été créés enfants de Dieu. C’est même accepter de ne pas savoir exactement où l’on va, mais désirer cheminer avec Dieu et faire sa volonté.

 Naître de l’Esprit c’est faire l’expérience de la présence de Dieu en nous. Ce n’est pas entre des murs, soient-ils des Eglises, que Dieu veut habiter, mais bien dans nos cœurs. Ce sont nos êtres qui sont destinés à devenir le temple du Saint-Esprit.

 Naître de l’Esprit c’est comprendre les valeurs que Dieu attend que nous mettions en œuvre dans nos vies. A l’exemple du Christ, l’Esprit nous pousse à une vie de respect, d’amour, de tolérance, d’engagement au service d’autrui.

 Naître de l’Esprit c’est faire l’expérience de l’appartenance à Christ. En effet, comme l’apôtre Paul l’exprime, « si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Romains 8.9). Et d’ailleurs Paul insiste sur l’importance de cette dimension spirituelle à la vie par cette formule choc : « Soyez remplis de l’Esprit » (Ephésiens 5.18). On remarquera que c’est un impératif, et donc qu’être rempli de l’Esprit n’est pas une option. Mais c’est un impératif passif : ce n’est donc pas nous qui pouvons nous auto-remplir mais c’est bien Dieu qui en est l’acteur. Notre rôle consiste simplement à ouvrir nos cœurs pour permettre à Dieu d’y être présent par son Esprit. C’est aussi un impératif présent qui pourrait être d’après la langue originale plus précisément traduit par « soyez continuellement en train d’être remplis de l’Esprit ». Ce n’est pas une action ponctuelle mais un flux spirituel incessant, toujours neuf, toujours transformant. Une vraie dynamique. Enfin, c’est un impératif pluriel. Il ne s’agit donc pas de vivre sa vie d’enfant de Dieu né de nouveau chacun de son côté mais d’en faire une expérience communautaire, dans le partage et la fraternité spirituelle.

 Pour Jésus, naître de l’Esprit, c’est accéder à l’ « être », tout simplement. Être plutôt qu’avoir ou faire. Être, c’est-à-dire, avoir un sens à l’existence. Devenir cet être spirituel à l’image de Dieu, pour sa joie et pour la nôtre !

Gabriel Monet

 

L’Esprit et le parapluie

 

Ils étaient douze, ils avaient reçu l’espoir en plein vent, en pleine figure, ils n’avaient pas de parapluie. Dieu ne vend pas de parapluie, mon frère, il aime trop le plein vent et avec le vent viennent les bourrasques et les pluies. Dieu ne vend pas de parapluie.

J’avais peur de me mouiller, je me voulais toujours à l’abri sous ma prière parapluie. Mais tu m’as éclaboussé par-dessous, Seigneur, et la rafale est venue de côté, et le parapluie a été retroussé.

J’avais cru que sous le parapluie tu te tenais toi aussi, toi le maître de l’Esprit ; un petit coin de parapluie, un petit coin de paradis : c’était ma chance, mais ce n’était pas ce que tu voulais.

J’ai ouvert les yeux et tu m’as lancé sur des horizons pleins de vent. Viens, maître du vent, maître de l’Esprit, emporter aux quatre coins du vent mon ridicule parapluie, toi le Dieu des sans parapluie ; pousse-moi dans le vent, pousse-moi dehors.

Mouille-moi, Seigneur et, pour tes frères, donne-moi en même temps la joie et la force de ceux que tu trempes de ton Esprit.

Anonyme 

 

 

 

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