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Grandir avec Harry Potter, un témoignage de lecteur tardif suivi de celui d’enseignants.

Lisez Harry Potter

Je le dis d’emblée : Harry Potter fait du bien. Au sens chrétien du terme. Vous pouvez le lire. Vos enfants peuvent le lire. Ils pourraient grandir en lisant Harry Potter.

Je n’ai pas toujours été de cet avis. Il y a quelques années, je pensais que Harry Potter amenait les enfants à fuir la réalité et, en plus, à adopter des croyances païennes. A priori, sans avoir lu une ligne de J.K. Rowling, mais en me fiant à des articles dans la presse chrétienne et en discutant avec des amis qui ne l’avait pas lue non plus, son oeuvre me paraissait inutile et même nocive, et trop éloigné du christianisme pour mériter la moindre considération. Rien à voir avec Narnia, l’allégorie chrétienne de C.S. Lewis, qui ne peut que susciter l’approbation morale.

Mon fils aîné, qui a maintenant onze ans, a d’emblée préféré Narnia, justement. J’y ai beaucoup contribué en recommandant Lewis au détriment de Rowling. Il y a deux ans, il a lu tous les sept livres de Lewis en un rien de temps. Puis nous sommes allés voir le film, intitulé « Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique ». Si la méchante sorcière blanche est très violente, on sait que lion Aslan, qui représente Jésus, finit par sauver tout le monde. C’est beau, rassurant et évangélique. On comprend que plusieurs Eglises américaines aient encouragé les enfants à voir ce film. Or, pour la même raison, certaines d’entre elles ont mis en garde les croyants contre Harry Potter… Personnellement, dans ma totale ignorance, j’avais d’emblée trouvé cette prise de position tout à fait respectable. J’ai vu trois des films de Harry Potter avec mon fils. Ils sont très violents pour les enfants et beaucoup trop axés sur les effets spéciaux. Exagérés, quoi. Et très durs. Dans le quatrième, un des enfants meurt pour de vrai. Si ces films ne confirmaient pas la thèse d’une apologie du paganisme, ils ne l’infirmaient pas non plus. Ma fille, qui a neuf ans, a vu Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban. Bilan : deux nuits de terreurs nocturnes. Mais dans quel but ces films sont-ils donc faits ?

Cet été, j’ai enfin eu à me confronter au vrai Harry Potter. Je veux dire celui des livres de J.K. Rowling. Il n’était plus possible de fuir : il fallait que je lise. Ordre de mon employeur (je suis journaliste). Le dernier tome de la saga était sorti en anglais et on attendait la version française. Bientôt toute la France en parlerait alors que je ferais ma leçon de morale, comme d’habitude, sans avoir lu une ligne de cette œuvre. Je frôlerais la faute professionnelle. Bref, j’ai donc acheté les premiers tomes, les plus fins, et j’ai demandé à mon fils de m’aider. « Harry Potter ne m’intéresse pas », me dit-il. « Je sais, mais essaye quand même. Si c’est nul, je te promets que je le dirai dans mon article », lui dis-je. Sur ce, il a pris le premier tome. Au bout de quelques pages, il m’a dit que ce n’était pas terrible. Mais bon, si cela me faisait plaisir, il pouvait bien continuer… Une demi heure plus tard, il était retranché dans un coin du canapé, absorbé par la lecture. Au bout de deux heures, heure de repas oblige, il a fallu que je l’arrache de ses bras. Il était accro. Le lendemain, il avait terminé le premier tome. 300 pages. Puis il a lu les deux suivants en deux jours. 350 plus 440 pages. Deux jours. Les autres tomes, environ deux fois plus longs, ont duré en moyenne deux jours.
Voyant mon fils, j’ai enfin commencé à lire. C’était tout simplement bien. Vivant, drôle, émouvant, excitant, intriguant, troublant, intéressant. Un bon roman, quoi. Et pas du tout embêtant pour le chrétien que je suis. Au contraire. Et infiniment plus subtil, amusant et émouvant que les films.

Mais Harry Potter pratique la magie, diriez-vous. Il commet parfois des actes répréhensibles. La Bible l’interdit. C’est exact. A vrai dire, la Bible interdit plein de choses encore. L’orgueil et les disputes, par exemple. Il est difficile de respecter à la lettre tous les enseignements de la Bible. Or, il y a un détail qui semble échapper à beaucoup de ceux qui critiquent Potter : Harry et ses amis combattent le mal. Et ils ne se servent presque jamais de la magie quand ils peuvent l’éviter. Et, puis il y a la fin – car il s’agit bien d’une saga, avec un début, un développement et une fin, ne l’oublions pas – où Potter, le garçon sorcier maltraité, devient enfin adulte. Adulte. Qui tue le mal. Et qui refuse la magie, qui n’appartient pas à l’âge adulte. Eh oui, chers amis chrétiens, Harry Potter tourne le dos à tout ça. Voilà la fin de l’histoire.
Ainsi, contrairement à tous ces contes qui cherchent à tout prix à maintenir les enfants dans l’enfance et dont Peter Pan est l’archétype, voici enfin un ouvrage avec lequel vos enfants peuvent grandir et affronter le réel.

Henrik Lindell

Témoignage d’une jeune retraitée de l’éducation nationale :

Je voudrais ajouter des témoignages de collègues, enseignants en collège :

Depuis l’arrivée d’Harry, les enfants lisent plus (et pas seulement ces livres là !) Ils lisent même dans les cars qui les emmènent à des compétitions sportives !
Ils voient les jeunes héros aimer leur collège, s’intéresser à leurs études, respecter leurs professeurs … sauf s’ils les soupçonnent d’être maléfiques, bien sûr ! Hermione montre que c’est très utile de faire des recherches en bibliothèque et qu’elle soit une bonne élève sauve plusieurs fois les garçons.

Les valeurs défendues par les enseignants et les héros, les «bons» ont même été utilisées par des catéchètes.
Un professeur agrégée d’anglais me signale que le mot employé en anglais peut aussi se traduire par le terme « enchanteur » : plusieurs fois les personnages –ceux qui sont sympathiques – montrent qu’ils veulent faire le bien et condamnent énergiquement des comportements racistes par exemple.

Dans le dernier volume, qui est destiné à des adolescents, et qui est donc au niveau du « Français moyen » on assiste à une magistrale démonstration de la façon dont s’installe un état totalitaire et fasciste et de la nécessité de le combattre au plus vite. Et tout cela dit très simplement et de façon attrayante, avec une très bonne connaissance de la psychologie des ados et pré-ados.

Catherine Bougade

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