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Les aspirations spirituelles

Le recul dans la fréquentation des églises ne peut être imputé aujourd’hui à une apathie spirituelle. Ainsi une enquête réalisée par le «Henley Centre» en 2 000 montre que 50 % des britanniques ont soit réalisé des changement spirituels dans leur vie, ou qu’ils auraient aimé le faire, ou bien qu’ils ont essayé et échoué. En France, dans son livre, le Pèlerin et le Converti (3), la sociologue Danièle Hervieu-Léger indique que «ce n’est pas l’indifférence croyante qui caractérise nos sociétés. C’est le fait que cette croyance échappe très largement au contrôle des grandes églises et des institutions religieuses» (3a). Aujourd’hui en Grande-Bretagne, d’après les estimations de la «Christian Research Association»(4), 200 000 personnes rejoignent chaque année le groupe des chrétiens sans église.

Le «Henley Centre» propose une analyse qui permet de mieux comprendre le manque de pertinence de beaucoup d’églises. Autrefois, l’identité était donnée dans un espace local où on grandissait , puis où on travaillait et on vivait. Maintenant nous somme partagés entre des lieux différents et des intérêts très diversifiés. Chacun d’entre nous doit construire son identité personnelle. D’après le «Henley Centre», celle-ci se développe selon quatre grands domaines. Au niveau du «territoire», nous exerçons des activités classiques sans tension particulière?: travail, hygiène, vie domestique. La «récupération» regroupe les activités de loisir, là où réduire les tensions permet de se restaurer et même de guérir. L’«exploration» caractérise un espace dans lequel les gens exercent leur créativité. Cela peut se réaliser aussi bien dans le loisir que dans un travail où on s’investit. Enfin le «sanctuaire» est un lieu dans lequel on se retire provisoirement et auquel on associe un sentiment de protection.

Les personnes fréquentant les églises y sont présentes selon plusieurs de ces modes. Le déficit principal se situe au niveau de l’«exploration». Les églises devraient attirer ceux qui sont engagés où désirent s’engager dans une approche d’exploration. Celle-ci a notamment pour but d’affronter un certain nombre de questions. Une étude de l’agence Publicis concernant le syndrome d’insatisfaction a mis en lumière six grandes aspirations qui mobilisent les personnes ayant une attitude d’exploration. Il y a la recherche d’une communauté qui n’empiète pas sur la vie personnelle. Le travail est devenu un élément fondamental de notre identité. Mais quel est le sens du travail?? Selon John Griffiths, «toute église qui peut aider les gens à intégrer la spiritualité dans le lieu de travail, trouvera une audience attentive»(1a).. Les femmes aujourd’hui doivent faire face à des multitudes de tâches entre la famille et la carrière. Comment les aider à s’épanouir?? Mais les hommes ont également à concilier leur rôle professionnel et celui de père de famille. Face à l’avalanche d’informations et de connaissances nouvelles, comment faire le tri?? Dans tous les domaines, les gens aujourd’hui ont besoin de trouver conseil pour s’orienter et discerner. C’est le cas également dans le domaine de la consommation. Dans son livre?: «Changing World, Changing Church», Michael Moynagh met l’accent sur les mêmes préoccupations : «L’Église devrait aider les gens à se diriger dans la vie» (5). Aujourd’hui les gens perçoivent les églises comme passant complètement à côté de ces préoccupations. D’ailleurs une enquête réalisée en Angleterre auprès de 400 personnes montre que la moitié de l’échantillon n’a jamais entendu une prédication concernant le travail, la maison, tandis que même les problèmes personnels ne donnent pas un très bon score (6).. Comme le dit John Griffiths, il ne s’agit pas de ne plus offrir un «sanctuaire» ou d’abandonner la thérapie qui s’inscrit dans la «récupération». Mais, «au nom du Ciel, pourquoi ne pas faire de nos communautés d’église, des havres sûrs dans lesquels on puisse explorer, discuter, se tromper… En bref, fournir un terrain d’entraînement ou les gens puissent en découvrir davantage sur ce qu’ils sont… et rencontrer Jésus dans le processus» (1b).

Cet enjeu vaut également pour la France. Certes il y a des éléments de réponse dans les médias chrétiens?: presse, radios. Mais quelle réponse à ce sujet dans les paroisses et les assemblées?? En fait, on a trop souvent tendance à séparer la vie et le discours religieux. Mais il faut également penser au problème en terme d’organisation?: susciter des espaces spécifiques en les reliant les uns aux autres.

De fait, nous sommes confrontés à une situation brillamment évoquée par la sociologue française Danièle Hervieu-Léger. La disqualification des grandes églises ne vient pas d’abord de l’«irrationalité» supposée de leurs explications. «Si expulsion de la religion il y a, elle est bien davantage le fait du processus de dé-totalisation des institutions. La vie domestique, professionnelle ou politique, l’expérience affective, esthétique ou spirituelle de chacun relèvent désormais de domaines d’activité segmentés. Engagés dans ces expériences disjointes les unes des autres, l’individu peine à reconstruire l’unité de sa vie personnelle. Les systèmes religieux qui se présentent comme des codes globaux de sens à l’intérieur desquels toute expérience humaine, individuelle et collective, est supposée trouver sa cohérence, perdent, dans ce processus, l’essentiel de leurs crédibilité» (3b). Les analyses et les propositions de John Griffiths constituent une approche en réponse à cet enjeu.

Les problèmes de communication

Des églises de différents types opèrent en Grande-Bretagne, de l’institution nationale représentée par l’Église anglicane jusqu’aux Églises libres. En portant sur l’ensemble du champ, les analyses de John Griffiths font apparaître l’ampleur et la similitude des problèmes de communication. Son approche nous paraît tout à fait transposable en France.

Tout d’abord, si les églises veulent se développer, il faut qu’elles génèrent des relations avec le public extérieur. On peut analyser la situation en terme de «points de contact». Ces points de contact peuvent être variés, depuis les relations à propos de telle activité traditionnelle de l’église jusqu’à des rencontres ou des fêtes en passant par les assemblées dominicales. Des églises qui grandissent rapidement peuvent avoir 40 points de contact et plus. S’il y en a très peu, l’église est bien partie pour le déclin.

En fait, l’état d’esprit de l’église vis-à-vis du monde extérieur compte beaucoup. Si la ligne de partage entre les gens du dedans et les gens du dehors se renforce, les contacts vont en pâtir. De même, si les membres de l’église n’ont plus le temps d’entretenir des relations avec des voisins et des collègues, les flux diminueront. Comme l’exprime l’évêque anglican James Jone?: «La priorité n’est pas tant d’attirer les gens à l’intérieur, elle est d’amener ceux qui sont à l’intérieur de l’Église à fréquenter les milieux extérieurs pour écouter les besoins des gens. Toute évangélisation passe par des relations. L’Église a besoin d’établir une relation avec le monde» (2a).

Cependant, les points de contact ne suffisent pas. Encore faut-il développer une communication pertinente. Ainsi l’Église anglicane continue à répondre à la demande des rituels?: baptêmes, mariages, funérailles. Mais on constate que l’attitude des gens est de plus en plus intermittente et imprévisible. Est-ce que l’Église va poursuivre cette activité de la même façon alors que la connexion est chancelante?? Ou bien va-t-elle s’interroger sur l’attitude à tenir?? Comme l’écrit John Griffiths, «atteindre les outsiders requiert un changement radical dans la manière dont l’Église opère. Peut-être faut-il concevoir les activités davantage à l’intention des gens du dehors que des gens du dedans. Comment peut-on attirer des gens dans des services religieux qui sont conçus pour répondre aux attentes des gens de l’intérieur?? Comment l’Église pourrait-elle toucher les gens si elle ne leur parle pas un langage qu’ils puissent comprendre et qui leur permettent de se mettre en relation» (2b).

Les problèmes de communication sont également de plus en plus importants dans le fonctionnement interne des églises. Ils étaient bien analysés dans le livre récent de Meic Pearse et Chris Matthews?: «We must stop meeting like this» (7). En fait, le public des églises se diversifie de plus en plus. Les attentes sont différentes en terme de langage et de besoins. Ainsi comment gérer la gamme des besoins dans la perspective d’une assemblée dominicale??
De même, tant en raison de l’apparition de subcultures que de l’évolution insuffisante des formes de communication, 50 % des personnes appartenant à un échantillon de 400, disent que les prédications qu’ils entendent manquent de pertinence, de profondeur et de stimulus (6). Voici des questions majeures. Elles commencent à être sérieusement étudiées en Grande-Bretagne. Dans la collection?: «future church», un livre?: «Communication that connects» vient d’être récemment publié pour «aider l’Église à dire son message» (8).

Pour avancer sur ce terrain, il faut d’abord revenir à l’Évangile et à la manière dont il se vit et dont il se dit en terme de relation. Les obstacles dans la communication tiennent non seulement à des habitudes, mais aussi à des conceptions théologiques qui entraînent des cloisonnements indus. Pour les chrétiens de bonne volonté, la recherche qualitative que propose John Griffiths permet d’analyser les difficultés et d’imaginer de nouvelles approches. «L’Église a besoin d’utiliser la recherche qualitative comme un outil majeur pour se voir elle-même comme les autres la voient, et pour être capable non seulement de servir la communauté, mais aussi d’obtenir un feed-back sur l’efficacité et la pertinence de ce service» (2c). Cette recherche peut se développer utilement en s’appliquant à la fois à l’échelon des grandes organisations et à celui des communautés locales. La recherche qualitative n’est pas une discipline fermée. Elle continue à développer de nouvelles méthodologies. Elle cherche à apporter une compréhension des croyances et des attitudes des gens ordinaires. En quoi les évolutions à ce niveau reflètent-elles un changement en profondeur??

Voici une approche qui allie conviction, dialogue et recherche. C’est une voie à explorer ensemble.

Jean Hassenforder, Décembre 2002

Références

(1) Griffiths (John), A sanctuary for exploration, Eg. London Institute for Contemporary Christianity, edition 8, mars 2002, p. 8 – 9, 1a, 1b
(2) Griffiths (John), Could better research revive the church?, Christian Herald, 5 October 2002, p. 10 – 11, 2a, 2b, 2c. Article basé sur un chapitre écrit en collaboration avec James Jones, évêque anglican de Liverpool et publié dans un livre?: Qualitative research in context, Admap 2000 ( Ed. Laura Marks)
(3) Hervieu-Léger (Danièle), Le pèlerin et le converti : La religion en mouvement, Flammarion, 1999, 3a?: p. 42, 3b?: p. 60
(4) En Grande-Bretagne, la «?Christian Research Association?» réalise de grandes enquêtes sur l’évolution des pratiques dans les différentes églises et analyse ainsi les tendances en cours. On pourra lire ainsi les livres publiés dans ce cadre par le Dr Peter Brierley?: The tide is running out, Steps to the future. Christian Research Association, Vision building, 4 Footscray Road, Eltham, London 5E 9 2TZ
(5) Moynagh (Michael), Changing World, Changing Church, Monarch books, 2002, citation p. 38
(6) Enquête conduite par Mark Greene, du London Institute for Contemporary Christianity
(7) Pearse (Meic), Matthews (Chris), We must stop meeting like this, Kingsway, 1999
(8) Beer (David), Communication that connects. Helping the church to tell its message, Kingsway, 2002

Références: Groupe de recherche “Témoins”

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