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L’accompagnement est devenu à la mode. On voudrait nous faire « coacher » dans de nombreux domaines : de la vie professionnelle à l’éducation des enfants, de la prise en charge de son corps à la tenue de sa maison…
Il est pourtant un domaine dont on n’entend pas parler à la télévision : celui de l’accompagnement spirituel.

Me faire accompagner dans ma relation à Dieu, est-ce nécessaire ? Ne me suffit-il pas d’ancrer ma vie dans la Parole de Dieu et la prière, tout en fréquentant mon église avec fidélité ? Ne suis-je pas capable de lire seule la volonté et la main de Dieu dans le déroulement de ma vie ?
Dans les temps de sécheresse ou de tourmente, sans doute pas.
Certainement pas, non plus, si j’ai traversé des épreuves et subi des blessures qui faussent ma vision de Dieu, mon rapport au Père, à l’autorité, à la Vie, ou mon identité en Christ.
Non plus, quand le cours de la vie, tout simplement, m’a fait dévier des « bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions » (Eph 2.10), avec, par exemple, le sentiment d’une vie vide de sens, à l’occasion d’un événement professionnel ou familial inhabituel…

L’accompagnement spirituel peut s’avérer une précieuse aide.
Il s’agit de prendre du temps, avec un accompagnateur formé, pour relire sa vie, son quotidien, en se posant la question « et Dieu dans tout ça ». L’accompagnateur facilite la parole, permet à l’accompagné de s’entendre dans ses cohérences et ses contradictions, de s’interroger s’il le souhaite, dans le respect de son chemin et de son temps. L’Esprit Saint est la troisième (ou plutôt la première) personne de cette rencontre, et donne le discernement indispensable à cet accompagnement.

Depuis quelques mois, j’accompagne ainsi quelques personnes, après une formation en deux étapes délivrée chez les Diaconesses de Reuilly à Versailles (en mars et en septembre). La première étape consiste à poser les bases de l’accompagnement spirituel, notamment en vivant nous-mêmes la situation d’être accompagné. Nous effectuons pendant l’inter sessions une série d’accompagnements, et en retraduisons certains par écrit, le plus fidèlement possible. Ces « verbatims » sont examinés par notre accompagnateur, qui nous fait ses remarques : il s’interroge sur telle relance, nous en proposant une autre, nous demande pourquoi nous avons rompu le silence à tel moment de l’entretien ; ai-je été dirigiste, ou au contraire me suis-je laissée « promener » par mon interlocuteur, avais-je un projet pour l’accompagné ou ai-je respecté son chemin et son temps ? autant de questions qui nous font progresser au fil des accompagnements. C’est sur la base de cette pratique que se construit la deuxième session. Nous sommes alors conduits à effectuer cet exercice d’analyse en petit groupe, et prenons conscience de la diversité des perceptions d’un même entretien. Nous apprenons aussi à poser le cadre d’une relation d’accompagnement spirituel, le « contrat » qui nous lie à l’accompagné, avec ses limites qui nous permettent de réorienter la personne vers d’autres types d’aides si nécessaire (relation d’aide notamment). Nous apprécions la nécessité de maintenir la juste distance, qui rend l’accompagné libre d’avancer selon son rythme, et qui nous protège en retour.

Et surtout, nous prenons conscience de la vacuité d’un accompagnement spirituel sans l’Esprit, ce qui relativise fortement l’importance de notre compétence. C’est bien ce qui nous distingue de tous les « coachs » qui font commerce aujourd’hui.

25/11/2006
MT Plaine

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