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La galerie de Témoins s’est enrichie d’un nouvel artiste,  Jean-Luc Renaut, qui a bien voulu nous accorder en prime une petite interview. Ni simples ni aisées ses relations avec la peinture furent cependant constantes. Un peu à l’image de la rivière en partie souterraine qui jaillit pour couler enfin durablement au grand jour, Jean-Luc Renaut a su garder et creuser en lui son désir de peindre jusqu’à ce que la vie lui offre le loisir suffisant de donner libre cours à son inspiration.

Bonjour Jean Luc et merci. Pourriez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ?

 

Je suis né à Quiévrain en 1946, dans une petite commune frontalière entre la France et la Belgique. D’ailleurs, dans le langage familier, on dit ” Outre Quiévrain902Carte ”, pour désigner la France. Après des études de menuisier-ébéniste, je suis entré dans la vie active très jeune, à 17 ans, en qualité de dessinateur en architecture, tout en continuant des études pour obtenir, à 25 ans, après 7 années de cours du soir, un diplôme en constructions civiles.
Mon choix professionnel s’est alors dirigé vers la fonction publique et j’ai exercé le métier d’Expert en construction auprès du Ministère des Travaux-Publics. Cela a consisté, jusqu’à l’âge de ma retraite, en missions de contrôle et de surveillance de chantiers (de prisons, de gendarmeries, d’écoles, de musées, de restauration de châteaux, d’abbayes, de patrimoine public … ) pour le compte de l’ Etat Belge.

Comment est né en vous le désir de peindre ? Y a t-il déjà des artiste dans votre famille ?

Mon oncle, artiste peintre parisien, m’a beaucoup influencé dès mon plus jeune âge. Chaque année, pendant les vacances scolaires, j’ai fréquenté d’une manière assidue 902MuséesParisles musées de la ville lumière. Depuis ma retraite, je me rends régulièrement à Paris pour visiter les expos et me tenir au courant des dernières saveurs picturales.
Parallèlement à ma vie professionnelle j’ai organisé, avec des collègues architectes, une opération de solidarité menée en Bulgarie pour aider les architectes de ce pays en leur fournissant du matériel de bureau. Cette opération bulgare a eu un autre développement inattendu : celui de venir en aide aux artistes de cette contrée. C’est ainsi qu’est né, quelques mois plus tard, ARTKHIBIOS a.s.b.l, qui a comme objectif la reconnaissance et la promotion des Arts au delà des frontières.
Cette période m’a permis de me familiariser avec les aspects du métier d’artiste peintre et plus particulièrement avec les diverses tendances évolutives et novatrices. Un regard plus mûr influencera favorablement le déroulement de ma carrière artistique en me donnant l’envie de me consacrer à mon rêve d’enfance : la peinture.

Depuis quand peignez-vous ? Quel événement ou quelles circonstances vous ont poussé et encouragé à passer à l’acte ?

Dans mon métier j’étais amené à dessiner pour les besoins du service et cela me plaisait. Mais comme le dessin était souvent répétitif, je ne pouvais pas apporter une touche personnelle et créative. Dès lors je dessinais de temps en temps mais, trop pris par le train train quotidien, je restais sur ma faim, mon désir de créer refroidi, n’éprouvant plus ni joie ni réconfort pour m’appliquer sérieusement.
Quand il m’a fallu préparer mon départ à la retraite j’ai pensé que je pourrais m’investir dans ce qui me manquait depuis si longtemps : l’art et la création comme peintre amateur autodidacte et fier de l’être. Pour y parvenir et acquérir les meilleurs outils pour exprimer le ressenti du plus profond de mon être, je me suis inscrit à un cycle d’études de 3 ans en Arts décoratifs à l’Institut Saint Luc à Mons. Après cette formation, j’ai installé un atelier de peinture dans mon jardin. Je m’y rends au gré de mes humeurs et de mes envies, pas systématiquement mais quand je ressens le besoin et le plaisir ineffable de dire et faire vivre par la peinture mes émotions, mes joies ou mes douleurs. Et quel bonheur quand votre œil et votre main se soumettent à la puissance évocatrice de votre esprit pour créer l’œuvre en chantier.

Auriez-vous aimé en faire votre métier ? Si oui qu’est-ce qui vous en a empêché ?

A seize ans, le regard émerveillé devant tant de beautés accumulées, je souhaitais poursuivre des études d’arts appliqués. Malgré cette passion, la situation familiale en a décidé autrement et j’ai entrepris les études énoncées plus haut.

Où puisez-vous le plus votre inspiration ?

Pour peindre, j’ai besoin de ressentir des émotions, des interrogations sur des sujets divers (l’environnement, le monde en souffrance, la détresse humaine, l’angoisse, la déprime …).
Quand je suis dans la joie, mon regard pictural se résume à peu de chose ; je préfère m’exprimer quand mon cœur est torturé. C’est une sorte de thérapie qui s’exprime par une peinture que j’appellerai d’expressionnisme virulent. 902SoutineSoutine est pour moi une référence avec sa penture ”d902Soutine2écorché vif ”.
S’enfoncer avec jubilation dans les toiles avec les mains, écraser la matière et les tubes de couleurs, quel bonheur égoïste ! Mais combien généreux s’il est partagé par d’autres yeux !
L’Art est une création et votre travail, votre application et votre persévérance, mis au service de vos dons naturels, sont alors capables de déployer votre personnalité.

Comment avez-vous pu concilier votre métier et votre sensibilité artistique ? Votre métier, et le désir et le temps de peindre ?

Comme, j’ai pu le souligner, j’ai eu de la chance de pouvoir exercer un métier où ma passion artistique a pu rester active, car dans les projets de restauration de bâtiments prestigieux, les notions de créativité et de recherches esthétiques sont bien présentes et mises en valeur.

Et Dieu dans tout ça ? Votre foi est récente pouvez-vous dire en quelques mots le chemin qui vous y a conduit ?

Oui, c’est vrai, ma conversion, date de fin novembre 2011. A l’origine je suis d’éducation protestante et très jeune j’ai eu conscience que Dieu était à mes cotés, qu’II attendait de moi aussi une action en retour mais, malgré les promesses que j’ai pu faire, j’ai laissé passer les années. A la retraite j’ai pris conscience que je ne devais plus perdre de temps et j’ai cherché un lieu où je pourrais m’engager pour mon prochain. Ce fut l’Armée du Salut. Ma rencontre avec elle et avec ses activités ont réveillé autre chose en moi. Je suis tombé sur un livre qui m’a fait comprendre le sens du message du salut en Christ et je l’ai reçu dans là nuit du 29 au 30 novembre 201l. Maintenant je prends part évidement aux marmites et autres visites. Je participe aux soupes de nuit et je commence ma formation pour être soldat !

Ne pensez-vous pas que la foi était déjà en germe dans vos peintures ? Où, si non, qu’à présent elle va y apporter une touche nouvelle ?

Oui sincèrement je le pense. Je me souviens avoir fait un tableau sur une catastrophe qui s’est produite en Belgique, à 902MarcinelleMarcinelle, dans un charbonnage, en 1956 et qui avait fait 262 morts.
Quand je regarde ce tableau je suis particulièrement étonné de ce que Dieu y est représenté, allongé dans la partie supérieure du tableau. Sans le savoir j’y ai représenté le Seigneur
comme sauveur de tous ces mineurs qui ont perdu la vie dans ce coup de grisou si meurtrier. Et le message qu’inconsciemment j’ai voulu apporter est inscrit par une ligne bleue d’espérance qui a pour origine le centre de l’explosion et qui se prolonge vers les cieux pour aboutir à Dieu le Père, allongé.

Connaissez-vous d’autres artistes chrétiens ? Connaissez-vous le Pavé d’Orsay ?

J’ai eu la chance d’exposer avec une artiste chrétienne lors d’une exposition à Mons, sur la Grand Place. Cette artiste, Annick Dehon  **Voie sa galerie**, m’a justement parlé du site Témoins, où elle a donné son témoignage. Nous avons partagé avec plaisir sur notre vie spirituelle et nous envisageons même d’exposer ensemble sur un thème à la gloire de Jésus Christ. Nos approches de l’expressionnisme étant différentes : Annick très réaliste, en beauté et en force, moi atypique et abstrait, cela pourrait déboucher sur un ensemble d’œuvres offrant une vision de Jésus partagée quoique pas identique.
Par contre je ne connais pas le Pavé d’Orsay.

Souhaitez-vous ajouter autre chose, développer par exemple un point non abordé ?

Si vous le permettez, j’aimerais simplement conclure sur quelques citations de maîtres
résumant bien l’idée que l’on doit avoir de l’art de peindre : « Sans idéal, il n’y a pas ni peintre, ni dessin, ni couleur. » 902DelacroixDelacroix ; « Plus les lignes et les formes sont simples, plus il y a de beauté et de force » Ingres902Ingres ;   « Un tableau, comme un être vivant, a son corps et son sang…qui l’irrigue. La couleur … c’est le sang du tableau. » Armand Drouant902Drouant ; « Le choix de mes couleurs ne repose sur aucune théorie scientifique ; il est basé sur l’observation, sur le sentiment, sur l’expérience de ma sensibilité… Je cherche simplement à poser des couleurs qui rendent ma sensation. » 902StD902MatisseMatisse ; « Il n’y a pas de lignes, il n’y a pas de modelé, il n’y a que des contrastes. Quand la couleur a sa richesse, la forme a sa plénitude. »  902CezanneCézanne .

 

 

 

Merci Jean Luc.

Françoise Rontard

** Voir la galerie de Jean Luc Renaut **


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