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On sait l’importance de l’approche prospective pour évaluer et comprendre les situations. Saluons la recherche concernant l’évolution de l’Eglise catholique en France au cours des 10 prochaines années et publiée par « La Croix » en juin 2014 (1).

Quelques données
En raison du départ en retraite de nombreux prêtres et de la chute du nombre de baptêmes, « l’Eglise de France devra d’ici 2014 continuer sa mission avec moins de prêtres, mais aussi moins de catholiques ». Dans leur article : « Dix ans pour inventer l’Eglise de demain » (2), Nicolas Sénèze et Loup Besmond de Senneville nous apportent des données de base pour analyser l’évolution actuelle.

Ainsi le nombre de prêtres âgés de moins de 75 ans s’élevait à 13500 en 2004. 10 ans après, en 2014, on compte un peu plus de 5800 prêtres diocésains. En 2024, on estime que leur nombre s’élèvera à 4300.

En même temps, parallèlement à l’affaissement des structures paroissiales, on assiste à une baisse rapide des activités sacramentelles. En 2004, 46% des enfants d’une classe d’âge étaient baptisés. En 2013, ils ne sont plus que 32%.

Alors, face à cette évolution, quelles attitudes, quelles stratégies adopter ?

Evolutions en cours
Dans un excellent article : « Comment maintenir la présence de l’Eglise sur le territoire » (3), Bruno Bouvet nous présente des politiques différenciées selon les diocèses, qui s’inscrivent dans un dilemme : « Tenir le maillage territorial en élargissant les paroisses et en recourant à des prêtres étrangers ou imaginer de nouvelles formes de présence des catholiques ».

Quelques évêques, comme ceux de Toulon Fréjus ou de Bayonne sont engagés dans le maintien d’un modèle traditionnel en recrutant des prêtres qui s’inscrivent dans une orientation conservatrice.

Dans beaucoup de diocèses, on hésite et on se trouve dans un non-choix.

Par contre, quelques évêques s’engagent dans une voie nouvelle où la vie de l’Eglise ne se réduit pas aux activités exercées par les prêtres. Ainsi, dans le diocèse d’Orléans, on encourage la création de communautés chrétiennes qui inventent une nouvelle façon de faire église. « Nous ne désespérons pas de voir se mettre en place dans chaque village un petit groupe de chrétiens répondant à l’appel du Concile Vatican II et manifestant une présence de l’Evangile là où ils vivent ». De même, dans le diocèse de Saint Etienne, on suscite des « fraternités locales missionnaires ». « La nouvelle donne consiste à favoriser un ressourcement intérieur pour que chacun se sente concerné et prenne sa part de la mission ».

Il y a bien ainsi des tendances différentes et même opposées.

Il faut rappeler ici l’œuvre pionnière qui, dans la première décennie de ce siècle, a été méthodiquement conduite par Albert Rouet, lorsqu’il était évêque de Poitiers. Il a suscité un nouveau « modèle » d’église à travers le développement de communautés locales. « D’une structure hiérarchique descendant de haut en bas à travers la figure centrale de la paroisse dirigée par son curé, on vient de passer à un réseau de communautés locales dont la responsabilité est assumée par un groupe de laïcs » (4).

Perspectives

Pour mieux évaluer la situation actuelle, il est bon d’évoquer la perspective historique dans laquelle elle s’inscrit.  Dans son livre : « Le pèlerin et le converti » (5), la sociologue Danièle Hervieu-Léger évoque « L’usure d’un modèle centralisé d’autorité religieuse et la disqualification culturelle d’une vision  de la « mission » qui plongeait encore ses racines dans le rêve d’une civilisation paroissiale étendue aux extrémités de la terre… L’utopie religieuse qui cristallisait la figure du « pratiquant régulier » s’est épuisée… Ce processus atteint tout particulièrement le catholicisme et le modèle de la civilisation paroissiale qu’il a élaboré en réponse aux contestations de la Réforme et aux avancées de la modernité. L’Eglise catholique est d’autant plus démunie pour y faire face que cette crise met en question radicalement la structure hiérarchique et centralisée du pouvoir sur laquelle elle repose… ».

La conjoncture à venir dépend ainsi de l’évolution interne de l’Eglise catholique. Ainsi, si on compare la situation en France et en Grande-Bretagne, la présence d’un clergé nombreux dans l’Eglise anglicane n’est pas sans rapport avec le fait que les hommes mariés et les femmes peuvent accéder à  la fonction de prêtre-pasteur. Et au plan local, la recherche réalisée par « La Croix » montre bien combien les évolutions différent selon les politiques adoptées. Le relâchement du contrôle hiérarchique découlant de l’affaissement de l’encadrement ouvre par ailleurs de nouveaux espaces ouverts à la créativité (6).

L’étude effectuée par « La Croix » contribue très positivement à une clarification des enjeux.

 

Jean Hassenforder

 

(1)            Au cours des dernières années, les enquêtes menées par « La Croix » ont joué un rôle important dans notre compréhension de l’évolution du paysage religieux français. ** Voir sur ce site : « La messe dominicale, une forme qui s’épuise » **  (article faisant notamment appel aux données d’une enquête de « La Croix » (15 août 2006) :

** Voir, sur son blog **  le sociologue Sébastien Fath a mis en valeur l’apport de la recherche réalisée par la Croix en juin 2014 : « Eglise catholique en France en 2014. La Croix prend dix ans d’avance » :

(2)          ** Voir sur le site de La Croix **  « Dix ans pour inventer l’Eglise de demain » :

(3)          ** Voir sur le site de La Croix ** « Comment maintenir la présence de l’Eglise sur le territoire » : 

(4)            L’innovation que constitue le développement de communautés locales dans le diocèse de Poitiers a été à plusieurs reprises présentée sur ce site, et notamment : « Une dynamique de la confiance. L’expérience des communautés locales à Poitiers » ** Voir sur ce site **  :

Plusieurs livres ont également été publiés à ce sujet par Albert Rouet et l’équipe responsable : Rouet (Albert), Boone (Eric), Bulteau (Gisèle), Russeuil (Jean-Paul), Talbot (André). Un goût d’espérance. Vers un nouveau visage d’Eglise. II L’expérience des communautés locales à Poitiers. Bayard, 2008

(5)            Hervieu-Léger (Danièle). Le pèlerin et le converti. Flammarion, 1999. Dans cette édition, passage cité p 92

(6)            Aujourd’hui, les initiatives religieuses et spirituelles se développent bien au delà des logiques institutionnelles. Et dans les champs déjà connus, elles peuvent emprunter des chemins nouveaux. ** Voir sur ce site ** : « Du neuf chez les cathos. Représentations et pratiques nouvelles du faire église en milieu catholique » :

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