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L’histoire nous montre l’influence exercée par les idéologies dans la vie des sciences. Ainsi, des intégristes religieux ont-ils élaboré le créationnisme (1) pour s’opposer à la représentation de l’Evolution telle qu’ils la percevaient dans l’œuvre de Charles Darwin, mais aussi l’usage que certains en ont fait (2).  En Union Soviétique, l’orthodoxie dominante a longtemps régné sur la biologie. Aujourd’hui encore, dans différents secteurs de la science, des idéologies exercent une influence.

Au nom d’une doctrine, d’une représentation de l’univers tenue pour vraie, certaines recherches sont contrariées, voire empêchées par des clans dominants. Qu’en est-il dans le domaine des neurosciences ?

Un chercheur canadien, Mario Beauregard a entrepris de nombreuses recherches concernant les rapports entre le cerveau et l’esprit. Son livre : « The spiritual mind » vient d’être traduit en français sous un titre moins consensuel : « Du cerveau à Dieu » (3). Un film documentaire : « le cerveau mystique » a été réalisé parallèlement.
Mario Beauregard a été invité plusieurs fois en France. On pourra par exemple accéder à une conférence très étoffée qu’il a effectuée dans le cadre de l’Université interdisciplinaire de Paris (4). Et on trouvera également sur internet quelques vidéos présentant de courtes interventions de ce chercheur .

Mario Beauregard situe ses travaux dans le contexte actuel des neurosciences où des personnalités renommées comme Francis Crick ou Jean Pierre Changeux tiennent pour acquise une conception selon laquelle « le monde physique est l’unique réalité et nos expériences explicables uniquement par des causes matérielles ». Dans cette perspective matérialiste, les hommes seraient des robots biologiques entièrement contrôlés par les neurones, les gènes , un ensemble de messagers chimiques .

A travers le livre de Thierry Janssen : « La solution intérieure. Vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit », on  savait déjà, grâce à l’enquête internationale menée par l’auteur, combien les approches psychosomatiques commencent à remettre en cause les vieux schémas (5). En neuroscience, Mario Beauregard vient de mener des recherches expérimentales qui démontrent que , loin d’être exclusivement dépendants des conditions matérielles, les êtres humains peuvent « exercer une grande influence sur ce qui se passe dans leur cerveau ». Ainsi, à travers le contrôle de techniques comme l’imagerie électroencéphalographique et la résonance magnétique fonctionnelle, il a pu démontrer les effets induits par des thérapies actuellement développées en psychologie. Et de même, il a montré comment fonctionnent les processus placebo. Des représentations, des croyances induisent des effets importants sur le cerveau, comme une augmentation de certaines hormones.

Cependant Mario Beauregard va encore beaucoup plus loin. En effet, à l’instar de certaines études concernant la méditation de moines bouddhistes, il a entrepris une recherche auprès de sœurs carmélites pour investiguer «  ce qui se passe dans le cerveau lorsque des personnes vivent des expériences religieuses intenses, dans ce cas ce qui est vécu comme « une union mystique avec Dieu ». Il a pu ainsi mettre en évidence l’activation d’une pluralité de régions du cerveau et un rapport entre perceptions subjectives des personnes impliquées et localisations cérébrales (6).
Dans un autre domaine, à partir des observations recueillies dans certains cas de « mort imminente », Mario Beauregard montre qu’on a pu rapporter une activité impliquant mémoire, conscience, observation de faits concrets pouvant être vérifiée par ailleurs, alors que le cerveau ne fonctionnait plus (7).

Toutes ces recherches convergent vers le développement d’une vision nouvelle des rapports entre le  cerveau et l’esprit. A partir de sa recherche sur l’expérience mystique des sœurs carmélites, Mario Beauregard n’hésite pas à souhaiter le développement d’une « neuroscience spirituelle ». Voilà une approche particulièrement innovante qui ouvre notre regard.

Jean Hassenforder

NOTES.

(1) Comment  le créationnisme, doctrine invraisemblable au regard des données de la science actuelle, a-t-il pu acquérir une assise sociale aux Etats-Unis dans les années 1920 ? Sur ce site, nous avons présenté une analyse de cette situation : ** Lire l’article « Science et foi face au créationnisme » **, à partir d’un livre remarquable de Denis Alexander, professeur à l’Université de Cambridge. Cet ouvrage met en évidence les interférences des idéologies dans l’histoire des sciences : Alexander (Denis). Science et Foi. Editions Frison Roche, 2004.

(2) On célèbre en 2009 le 200è anniversaire de la naissance de Charles Darwin et le 150è anniversaire de son livre majeur : « On the origin of species ». La réception de son œuvre a considérablement varié. Au départ, elle a reçu un accueil généralement  positif dans les milieux chrétiens. Elle a ensuite été soumise à la mainmise de parti pris idéologiques. Devenue machine de guerre pour un certain nombre de scientifiques athées, elle est parallèlement devenue objet de répulsion dans des milieux chrétiens ultra conservateurs. Aujourd’hui, les attitudes varient selon les groupes et les pays. Face à certains lobbys néo darwinistes, il est important de développer un espace permettant une approche plus vaste. Ainsi, selon Jean Staune, « toute une série de faits semble montrer que si l’action de la sélection naturelle est incontestable, elle n’a pas la puissance nécessaire pour que des mécanismes darwiniens puissent expliquer l’évolution dfe façon globale » (Staune (Jean). L’existence a-t-elle un sens ? Presses de la Renaissance, 2007. (p.356).  On pourra entendre aussi une émission de RFI: « Les religions face au Darwinisme » » ** Ecouter l’émission ** sur le site de l’Université interdisciplinaire de Paris ** Voir le site UIP **. En Angleterre, l’anniversaire de Charles Darwin a suscité un livre de mise au point sur les rapports entre l’approche darwinienne et la foi chrétienne : « Rescuing Darwin . God and evolution in Britain to day (Theos, 2009). Ce livre écrit par le sociologue Nick Spencer et Denis Alexander, déjà mentionné plus haut, montre que l’évolution darwinienne n’implique pas nécessairement l’athéisme et que le christianisme et l’évolution sont compatibles. Il est publié par une Fondation récemment créée en Grande-Bretagne : Theos, ** Voir  le site **, pour étudier la place et le rôle des religions dans l’espace public. Le rapport est téléchargeable sur le site de Théos ** Voir l’article  (72 pages en anglais) **.

(3) Beauregard (Mario), O’Leary (Denyse). Du cerveau à Dieu. Plaidoyer d’un neuro scientifique pour l’existence de l’âme. Guy Tredaniel, 2008.

(4) Nous avons, à plusieurs reprises évoqué sur ce site l’excellent travail réalisé à l’Université interdisciplinaire de Paris ** Voir la liste de ces articles **. ** Voir le site UIP ** (Rubrique : actualité) . Chaque année, cette université invite des scientifiques à venir s’exprimer . ces cours sont enregistrés et accessibles en audio sur le site de l’UIP. Il y a là une ressource considérable pour la réflexion.. On trouvera sur ce site une conférence de Mario Beauregard : ** Ecouter la conférence : « Une vision non matérialiste des rapports esprit-cerveau » (23 mai 2007) **

(5)  Janssen «(Thierry). La solution intérieure. Vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit. Fayard, 2006.  ** Voir la présentation de ce livre **

(6)  ** Voir la vidéo **.

(7)  ** Voir la vidéo **.

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