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La magie du DVD nous permet de voir ou revoir enfin, en version originale sous-titrée, l’inoubliable trilogie de Bill Douglas. Découverte en France en 1997, six ans après la mort de son auteur, elle se décline en trois films en noir et blanc : deux moyens métrages : My childhood (Mon enfance) sorti en 1972, My Ain folk (Ceux de chez moi) sorti en 1973 et un long métrage : My Way home (Mon retour) sorti en 1978. La trilogie retrace, avec, dans le rôle principal, le même acteur, Stéphen Archibald, l’enfance et la jeunesse de Jamie dont l’itinéraire ressemble fort à celui du cinéaste lui-même.

 

L’action de My childhood se déroule en 1945 dans un village minier proche d’Edimbourg. Jamie y vit dans un dénuement extrême entre son demi-frère Tommy et leur grand-mère maternelle. Sa mère est en hôpital psychiatrique. Seul rayon de joie : une brève amitié avec un prisonnier de guerre allemand. La mort de la bonne grand-mère met fin au premier épisode. Dans My Ain folk, séparé de son frère, Jamie habite maintenant chez sa grand-mère paternelle, une femme dure qui, envers lui, ne s’attendrit que sous l’alcool. Indifférent, son père vit dans la maison d’en face avec femme, enfants et petit chien. Seule lumière : le grand père, doux mais faible. A la mort de ce dernier Jamie s’enfuit. Fin du second épisode. Dans My Way home six ans ont passé. Jamie est dans une institution. Son père l’en retire pour le mettre au travail. Lui veut apprendre à dessiner. Il ne supporte pas sa nouvelle vie. Il retourne à l’orphelinat  et, pour finir, se retrouve soldat en Egypte. Mais ce n’est pas la fin. Au contraire. C’est le début d’une résurrection. Il se lie d’amitié avec Robert, soldat comme lui mais issu d’un milieu nettement plus favorisé, qui va, patiemment, finement, lui donner le goût de vivre.

Ce bref résumé de l’histoire n’est rien. La beauté de l’œuvre tient moins au récit qu’à la manière dont il est filmé. Ici, l’expression « écriture cinématographique » prend, à mes yeux qui certes n’ont pas tout vu, tout son sens. Oui, dans cette trilogie où les mots sont réduits à l’essentiel les images parlent. Elles disent et crient l’insupportable mais sans jamais faire pleurer. Loin d’expliciter une situation elles en accentuent un détail et nous l’imprime dans l’âme. Sobres, épurées, elliptiques, elles marquent en profondeur, au-dedans, au cœur. Pour traduire mieux ce que l’on éprouve devant cette trilogie je citerai des mots de critiques parues en 1978 : « Rarement peinture de la misère et de la souffrance fut aussi peut suspecte de complaisance que dans ce film dont la nudité bouleversante invite à une sorte de silence. Ancien mineur, le cinéaste écossais Bill Douglas n’a pas entrepris d’évoquer son enfance pour apitoyer mais pour enrichir l’humanité d’un témoignage dans lequel chaque geste et chaque parole, rigoureusement dépouillés de toute résonnance mélodramatique et de toute afféterie esthétique, revêtent une expression morale. Ce film est tout simplement un chef d’œuvre de dignité cinématographique et aussi un poème, mais un poème fondé sur la substance la plus profonde des êtres et des choses. » Michel Marmin – Le Figaro.

« L’œuvre de Bill Douglas n’est ni sociale ni psychologique ; elle atteint presque par son dépouillement extrême et son pouvoir de suggestion, à la puissance d’une tragédie spirituelle. » Laurent Ladouce – Le Nouvel espoir.

Une autre a parlé de diamant noir. « Bill Douglas ou la lumière dans les ténèbres » dit encore la critique. Oui, une lente montée des ténèbres vers la lumière à travers l’art et l’amitié. Dans le parcours difficile de Jamie il aura suffi peut-être de quelques personnes aimantes pour que l’enfant délaissé parvienne à garder puis à puiser au fond de lui-même la force de devenir pleinement qui il est.

Françoise Rontard

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