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Interview d’Emilie Mané.

T : Émilie, peux-tu, pour commencer, situer ton arrière plan ?

Émilie : Je suis d’origine togolaise mais j’ai grandi au Sénégal. Mon grand père était pasteur. Je peux donc dire que je suis née dans une famille chrétienne. J’ai été baptisée à 5 mois et j’ai fait la confirmation de mon baptême à 16 ans. Tout cela coulait de source. Le dimanche était jour de fête chez nous. Le culte, malgré son caractère obligatoire, et tacite était bien agréable. Tout endimanchés nous passions de bons moments avec la communauté.
Il est très facile de vivre sa foi et de se dire chrétien dans certains pays d’Afrique car on se laisse porter par ce mouvement de foule, cette sorte de ritualisation et cette euphorie communicative qu’impulsent les diverses chorales. Dans mon parcours j’ai eu la chance de rencontrer « Jeunesse en mission » au Togo et j’ai été emballée par leur ministère. Leurs témoignages et leurs chants m’ont touchée. J’ai beaucoup discuté avec eux et j’ai rencontré d’autres évangélistes. En fait je peux dire que pendant les 20 premières années de ma vie j’ai baigné dans une ambiance religieuse.

T : Ce ne fut plus le cas ensuite ?

Émilie : Non, car un beau jour j’ai débarqué en France, loin des miens, sous un climat hostile et où la religion n’avait pas trop sa place. Pour moi c’était le désert, une sorte de bérézina et les épreuves de la vie ne m’ont pas épargnée. Je me sentais seule face aux vicissitudes de la vie. J’habitais Paris. J’ai été dans des églises protestantes autour de chez moi mais je n’y ai trouvé aucune chaleur. J’en ressortais plus déprimée. Ces grandes bâtisses froides dans lesquelles venaient se recueillir quelques personnes âgées ne ressemblait pas aux églises de chez moi. Alors j’ai abandonné. Mieux valait dormir au chaud le dimanche matin que d’aller se refroidir à l’église.
Mais c’est dans ce désert pourtant que j’ai rencontré le Seigneur. Oui, la relation personnelle avec Christ c’est dans ce monde de solitude que je l’ai tissée.

T : Peux-tu expliquer cela ?

Émilie : En 1991, je venais de perdre pour la seconde fois un bébé à 6 mois de grossesse. C’était insupportable. J’étais persuadée que Dieu me punissait d’avoir désobéi à mes parents car j’avais épousé un musulman contre la volonté de toute ma famille. C’était un scandale pour mes parents au point que les ponts avaient été rompus juste avant mon arrivée en France. Je ne pouvais donc pas les informer de mes déboires. Je faisais un autre constat douloureux : j’étais éducatrice de jeunes enfants et je ne pouvais pas avoir d’enfant, un comble. A l’époque j’étais responsable d’une crèche parentale à Paris et, suite à cette deuxième fausse couche, j’ai démissionné. Je ne supportais plus de voir le couple mère enfant et, tout doucement, j’ai sombré dans la dépression. Pour m’en sortir il me fallait des antidépresseurs et des séances chez un psy.
C’est alors qu’un après midi, en me rendant à l’hôpital pour une de mes séances psy je fis une rencontre. Une petite dame se tenait près de moi au feu, attendant, pour traverser le boulevard Arago, que le bonhomme passe au vert. Elle m’a regardée avec un sourire et demandé si j’allais vers l’hôpital Cochin. Je lui fis oui de la tête. Elle me dit : « moi je vais à l’hôpital apporter la bonne nouvelle aux malades ». Nous avons fait un bout de chemin ensemble. Tout en m’expliquant le grand amour de Dieu pour tous les hommes elle me remit un fascicule avec des adresses d’églises. Je finis par lui faire part de mon désarroi et elle m’exhorta à la prière. « Je prierai pour vous, n’oubliez pas que rien n’est impossible à Dieu. Que Dieu vous bénisse » me dit-elle au moment de nous séparer.

T : Cette rencontre a été capitale pour toi ?

Émilie : Oui, je sais aujourd’hui que cette rencontre n’était pas fortuite, que Dieu met des gens bénis par sa grâce sur nos chemins. Les paroles de cette dame ont continué à faire écho dans ma tête. « Rien n’est impossible à Dieu. Dieu guérit les malades » Mais alors me dis-je, Il peut me guérir et me sortir de cet état dépressif. Et là ça a fait tilt.
L’enseignement que j’avais reçu a ressurgi, les témoignages de Jeunesse en mission où des alcooliques et des malfaiteurs disaient avoir été délivrés par la prière au nom de Jésus. Je me suis mise à prier. J’ai recherché dans la liste qu’elle m’avait remise une église près de chez moi. J’en ai trouvé une avenue du Maine où j’ai été chaleureusement accueillie. Très vite j’ai troqué mes séances de psy par des réunions de prière et j’ai arrêté les antidépresseurs*. C’était pour moi une nouvelle naissance. Dès lors ma vie a changé.
De nouveau enceinte, à 6 mois et demi, date fatidique, j’ai été hospitalisée d’urgence. La prise en charge a été formidable ? Après 6 semaines d’hospitalisation à Baudelocque les médecins ont décidé un samedi de pratiquer une césarienne pour sauver le bébé. J’étais inquiète mais j’avais confiance en mon Dieu pour qui rien n’est impossible. Une voix en sourdine me disait « Ne crains rien je suis avec toi ». Ce 23 mai 1992, à Baudelocque il n’y a eu aucune autre naissance. C’était un samedi après midi et toute l’équipe médicale était disponible pour moi. La cerise sur le gâteau fut que l’anesthésiste était une togolaise : quand je délirais au réveil elle me rassurait dans ma langue maternelle. Et comme Dieu ne fait pas les choses à moitié, l’un des brancardiers qui m’a déposée quand je fus ramenée dans ma chambre portait à son cou une croix huguenote, signe qu’il appartenait à la même famille que moi : celle du Christ.
J’avais l’impression de vivre les paroles du psaumes 91 verse 11 « Car il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voix. Ils te porteront sur les mains de peur que ton pied ne heurte contre une pierre ». Ainsi est née Gifty Akpene c’est-à-dire : Cadeau et Merci à Lui. Plus tard j’ai eu Blessing qui signifie Bénédiction et Ahmala Will qui signifie Sa Volonté (celle de Dieu).
Dieu m’a manifesté bien d’autres fois encore sa fidélité. Je ne peux tout relater ici mais il est bon pour moi de m’en souvenir et, pour conclure, je vous encourage à vous remémorer vous aussi les bénédictions que vous avez reçues dans le passé. Et à prier. Un jour quelqu’un c’est arrêté sur mon chemin et m’a exhorté à la prière. J’ai la conviction que Dieu l’a envoyé. Il nous envoie aussi vers les autres.

T : Merci Emilie.

*Note : Les cas dépressifs sont très variables. Émilie partage ici quelque chose de personnel qui ne veut en aucun cas nier la valeur thérapeutique des soins appropriés aux dépressions.

Françoise Rontard
Juillet 2006

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